Archive for mars 6th, 2010


Pour infor­ma­tion, voici l’affiche que nous avons publiée à l’occasion du pro­chain défilé du 8 mai qui aura lieu à Canet (Pyré­nées Orientales).

affiche défilé 8 mai 2010 représentant le GMC de Claude Mauclère

affiche 8 mai 2010

Res­tau­ra­tion d’une Jeep Willys MB Early de mars 1942.

Arri­vée de la “Belle”

Démon­tage com­plet (à noter la grande dif­fé­rence du des­sous de caisse d’une Early)

Le véhi­cule est entiè­re­ment sablé.

Chaque élément de car­ros­se­rie est recou­vert d’un pri­maire anti-rouille.

La caisse est repo­sée. Tout est contrôlé, véri­fié, réparé ou rem­placé au cours du remontage.

Après pein­ture de cha­cun des consti­tuants (indi­vi­duel­le­ment), remon­tage de la voiture.

Acces­soi­ri­sa­tion réa­liste et fidèle à l’Histoire. Chaque détail est soi­gné ( tout est daté au maxi­mum de 1942).

La Jeep est en constante évolu­tion en fonc­tion des trou­vailles (amé­lio­ra­tion et acces­soi­ri­sa­tion plus pous­sée avec le temps).

Res­tau­ra­tion: popote modèle 1938

La popote du club le jour de son arrivée.

Quelques mois plus tard, après restauration.

BED­FORD MWD de 1941 “Colonne Leclerc, Prise de Koufra”

Un peu d’histoire…

Un Bed­ford d’une com­pa­gnie de Décou­verte et de Combat

Ce petit véhi­cule anglais à voca­tion mili­taire dont la concep­tion finale est atteinte en 1939, est le résul­tat d’une demande du War Office remon­tant à 1935. Durant ces 4 années, la Bed­ford Truck Divi­sion va peu à peu amé­lio­rer son pro­to­type de base ; modi­fi­ca­tion du châs­sis, des sus­pen­sions, pneus plus larges, éléva­tion de la garde au sol, sur dimen­sion du radia­teur et du filtre à air…le tout imposé par le War Mecha­ni­sa­tion Board.
Par la suite, le camion évoluera peu durant le reste du conflit mon­dial. Il ser­vira de bête de somme dans toute l’armée bri­tan­nique. Mal­gré une trans­mis­sion en 4×2, il sera très appré­cié sur tous les fronts, par­ti­cu­liè­re­ment au sud du bas­sin médi­ter­ra­néen, jusqu’au confins du sahara.
Le Bed­ford MWD est l’équivalent anglais de Dodge WC 51 de l’armée Amé­ri­caine.
Un petite page d’histoire :
Fin 1940, Leclerc et sa « colonne » (envi­ron 400 hommes, habillés par les anglais mais conser­vant leur arme­ment fran­çais et une par­tie de leur équi­pe­ment) dis­posent d’un parc auto­mo­bile des plus fati­gués ; Camions Mat­ford et Laf­fly ( S20T, S15T et R) , ambu­lance Aus­tin ‚quelques break Mat­ford, tous bien trop essouf­flés pour mener à bien une offen­sive sur le Fort de Kou­fra .
Avec obs­ti­na­tion et per­sé­vé­rance, Leclerc finit par obte­nir de l’état major des FFL un lot de 26 Bed­ford flam­bants neufs pré­levé à la 1ère Com­pa­gnie de train des FFL. C’est avec ces fraîches mon­tures (les Bed­ford équi­pe­ront ses 2 pelo­tons de com­bat), sans équi­pe­ment radio, que Leclerc va pas­ser à l’attaque, qui se sol­dera par le suc­cès que l’on connaît et l’énoncé du célèbre ser­ment de Kou­fra . Par son sens stra­té­gique et le cou­rage de ses hommes, Leclerc par­vient même à mettre en déroute la Saha­rianna Ita­lienne, pour­tant bien mieux armée et supé­rieure en nombre.
Plus tard, le Bed­ford , fiable et géné­reux, au moteur cou­pleux, res­tera le véhi­cule sym­bo­lique et favori des FFL , jusqu’à la fin de la cam­pagne de Tuni­sie et les accords d’Anfa , début 43, date où il sera détrôné par l’arrivée du maté­riel amé­ri­cain. Le glas sonne pour le conflit en AFN, la 2e DB va naître : une autre page de l’histoire commence.

L’appel du sable

Pas­sionné de véhi­cules mili­taires de la deuxième guerre mon­diale, j’ai tou­jours été attiré par ceux ayant par­ti­ci­pés au conflit Nord-Africain. Vouant une réelle fas­ci­na­tion pour ce milieu aussi beau qu’hostile, théâtre d’opération immense chargé d’impératifs, cet amour du désert m’a conduit à réa­li­ser moi-même des raids trans-sahariens, par­ta­geant par là-même des sen­sa­tions avec les com­bat­tants que je tente d’honorer aujourd’hui. J’avais res­tauré déjà depuis quelques années une jeep SAS dans le plus grand res­pect his­to­rique. Nous étions d’ailleurs, avec mon ami Jean Benot­teau (VMM N° 15 de Juin/Juillet 2007) parmi les pre­miers à pos­sé­der res­pec­ti­ve­ment un exem­plaire de ce véhi­cule légen­daire, bien avant que les SAS ne deviennent à la mode et que l’on voit fleu­rir çà et là des repro­duc­tions par­fois très approxi­ma­tives et indignes de ce nom.

La décou­verte

Tout en sui­vant les tra­vaux de Jean B. sur son Che­vro­let du LRDG bien connu aujourd’hui, je pour­sui­vais mes inves­ti­ga­tions, car je dési­rais depuis long­temps hono­rer d’autres com­bat­tants oubliés du désert ; les troupes de la Colonne Leclerc, qui pour ainsi dire ne sont jamais repré­sen­tées lors des com­mé­mo­ra­tions. Après moult recherches, je décou­vrais enfin la perle rare: Un Bed­ford MWD de 1941 crou­pis­sant en Hol­lande, au fond d’un han­gar. J’organisais l’expédition, louant une remorque aux dimen­sions adé­quates pour pou­voir rame­ner l’engin, effec­tuant les pré­pa­ra­tifs. Un grand merci aux amis qui me secon­dèrent dans ce voyage et me ser­virent tour à tour de guide et d’interprète, m’assistant lors des longues négo­cia­tions et du rapa­trie­ment des plus aven­tu­reux.
Hiver 2005 ; le “bébé” arrive enfin dans les Pyré­nées Orientales.

Des début prometteurs…

Le véhi­cule com­mence à être peu à peu désossé avant peinture

Pour com­men­cer, un bilan appro­fondi per­met d’affirmer que l’embrayage est collé, la pompe à essence, l’ensemble du sys­tème de frei­nage, maître-cylindre com­pris, sont hors d’usage, que l’électricité est à revoir sérieu­se­ment, la colonne de direc­tion à chan­ger. Par bon­heur, le moteur s’avère en bonne état géné­ral, la boite de vitesse égale­ment, mal­gré une grille de sélec­tion un peu fati­guée. Mais force est de consta­ter que le véhi­cule est qua­si­ment com­plet et rela­ti­ve­ment sain, détail pri­mor­dial quand on connaît la dif­fi­culté de trou­ver des pièces de Bed­ford.
Les tra­vaux méca­niques pren­dront de longs mois. Tout sera véri­fié, contrôlé, réparé ou rem­placé dans la mesure du pos­sible : Bat­te­rie, fais­ceau et bou­gies, filtres, car­bu­ra­teur, pompe à essence, maître-cylindre et cylindres de roues, colonne et boî­tier de direc­tion, etc.…
L’approvisionnement en pièces neuves, déni­chées de haute lutte en Angle­terre, retar­dera quelque peu la res­to­ra­tion.
Au final, le véhi­cule fonc­tionne conve­na­ble­ment. Le 6 Cylindres en ligne émet un doux bruit, si carac­té­ris­tique des moteurs anglais.

La par­tie carrosserie-peinture-accessoirisation va pou­voir enfin com­men­cer.
La car­ros­se­rie s’avère propre dans l’ensemble, mise à part quelques zones habi­tuelles (bas de caisse, ailes…). Les portes et le pare-brise sont pro­pre­ment démon­tés. La caisse arrière, en bois, est impec­cable. Toutes les fer­rures sont pré­sentes. A noter que le camion, dans son ensemble, com­prend beau­coup d’éléments en bois.
L’ensemble du véhi­cule est démonté au maxi­mum et poncé. Les par­ties sen­sibles sont sablées et trai­tées.
Paral­lè­le­ment , les sup­ports d’armes auto­ma­tiques sont ins­tal­lés sur le véhi­cule, de même que les sup­ports des plaques de désen­sa­blage.
L’électricité est ensuite ter­mi­née, les « ravis­sants » feux de remorque modernes seront bien sûr rem­pla­cés au remon­tage.
Les pneus mili­tary, secs et durs comme de la pierre, sont rem­pla­cés à grand peine par des pro­fils très proches des pneus sable uti­li­sés jadis.
Pour la pein­ture, la teinte d’origine est repro­duite réel­le­ment à l’identique. C’est la cou­leur sable uti­li­sée par les usine Bed­ford en 1941.(L’ancien pro­prié­taire, décédé aujourd’hui, l’avait rap­porté direc­te­ment de la maison-mère voilà une quin­zaine d’année ).
Chaque pièce est peinte sépa­ré­ment puis remon­tée. Une der­nière couche finale est appli­quée pour par­faire le résul­tat. La sel­le­rie, pré­sente mais déla­brée, est refaite à l’identique par un sel­lier local.
Vient la phase tant atten­due du remon­tage des der­niers organes (optiques de phares, comp­teurs, volant…) et de l’accessoirisation !

Un soin par­ti­cu­lier est apporté au réa­lisme du résultat.

Entre les 2 sièges avants, un com­pas aide à la navi­ga­tion. Pré­levé sur un bom­bar­dier Bris­tol Blei­heim, en ser­vice sur ce théâtre d’opération.

Un aperçu du désordre appa­rent qui règne à l’arrière. Deux pas­sa­gers (les ser­veurs de la mitrailleuse) y trou­vaient place.

Accro­chée à l’arrière du véhi­cule, une gherba, outre en peau de chèvre ‚four­nis­sait de l’eau fraiche à l’équipage.

Chaque acces­soire pré­sent sur le véhi­cule est authen­tique, daté au plus tard de 1941. Chaque sac, besace, gourde, bidon, porte-carte, tout doit cor­res­pondre, foi de col­lec­tion­neur ! Pas de maté­riel hors sujet non plus ! Ainsi, aucun objet alle­mand ne figure dans le Bed­ford (Leclerc n’ayant ren­con­tré l’Africakorp qu’ultérieurement), hor­mis les jer­ry­cans, tous alle­mands, mais qui équi­paient déjà les troupes ita­liennes (notam­ment les chars) , et sont les seuls dis­po­nibles sur le ter­rain au moment des faits ; les jer­ry­cans anglais et amé­ri­cains n’apparaîtront qu’un peu plus tard sur ce théâtre d’opération. Par sou­cis de réa­lisme, les nour­rices embar­quées sont de 1938, 39, 41…et pré­sentent des variances de teintes entre elles. (Prises de guerre).
Les plaques de désen­sa­blage anglaises sont fidè­le­ment repro­duites à l’identique (pliées, trouées, ren­for­cées par lamelles rive­tées, comme à l’origine, modèle à l’appui) . Pour le reste, le véhi­cule four­mille de maté­riel italo-anglo-français ; jumelles, gourdes, besaces, paque­tages, un fût de 200 L et plu­sieurs de 50 L (dont cer­tains sont datés 1930 !), caisses anglaises et ita­liennes…
L’armement est conforme aux nom­breux témoi­gnages pho­to­gra­phiques et manus­crits. Les armes sont prin­ci­pa­le­ment fran­çaises. C’est après la prise de Kou­fra que Leclerc récu­pé­rera bon nombre d’armes ita­liennes, mitrailleuses com­prises, et que le com­man­de­ment anglais recon­naî­tra l’efficacité et le sérieux des troupes FFL, les aidant dès lors en armes, maté­riels et équi­pe­ments à comp­ter de cette brillante vic­toire.
Le Bed­ford pos­sède une mitrailleuse Hot­ch­kiss Mod. 1914 en caisse, dont les ser­veurs (tireur et pour­voyeur) ont tout juste la place d’évoluer dans le four­bis qui règne à l’arrière du camion. A l’avant gauche (le volant est à droite, rap­pe­lons le), sur affût, un F.M. 24.29 est fixé, ses mul­tiples char­geurs au pied. En râte­lier se trouve un Mas 36, splen­dide fusil pour l’époque, et der­rière le chauf­feur un Lee Enfield MKIII.
Le com­pas de navi­ga­tion pro­ve­nant d’un bom­bar­dier anglais Bris­tol Blen­heim et daté 1940 trône entre les 2 sièges. Rien ne manque dans ce véhi­cule peu cou­rant aujourd’hui, voir unique dans cette ver­sion. Mal­gré tout , je n’ai de cesse d’améliorer le résul­tat de ma res­to­ra­tion, comme cette gherba déni­chée lors d’une de mes expé­di­tions Libyennes en 2007 près de Kou­fra jus­te­ment. Mais quelle récom­pense et quelle fierté que le résul­tat et les com­pli­ments notam­ment de vété­rans du Mémo­rial Leclerc de Paris.

Tou­jours des pro­jets…
Il aura fallu 18 mois pour ter­mi­ner l’engin. La chose à été rela­ti­ve­ment rapide, com­pa­ra­ti­ve­ment à d’autres res­tau­ra­tion, grâce à l’aide de quelques copains de MVCG Lan­gue­doc Rous­sillon, je pense prin­ci­pa­le­ment à Claude pour la méca­nique et Fran­cis pour le rapa­trie­ment. La col­lecte d’accessoires d’origine démar­rée bien avant le début des tra­vaux, a faci­lité et activé l’équipement géné­ral du véhi­cule. La belle cou­leur sable de ce petit camion et la pro­fu­sion des équi­pe­ments attirent tou­jours l’attention des badauds et des pho­to­graphes, pour mon plus grand plai­sir , heu­reux de rem­plir mon devoir de mémoire vis à vis des pre­miers hommes de la Colonne Leclerc. Mes pro­jets ? Après la Jeep des SAS et le Bed­ford des FFL, le LRDG m’attire ter­ri­ble­ment… à moins qu’un Bren Car­rier de Bir Hakeim ne croise ma route auparavant !

Les petits pare-brises sont rabat­tables. Une housse les pro­tège et évite toute réver­bé­ra­tion qui tra­hi­rait la situa­tion du véhi­cule auprès de l’ennemi

Le Bed­ford est presque ter­miné. Quelques acces­soires sup­plé­men­tai­res­pren­dront place,au gré de leur découverte.

FICHE TECH­NIQUE Bed­ford MWD

Conduite à droite
Poids à Vide 2145 Kg
Poids en Charge 3506 Kg
Lon­gueur 4,37 m
Lar­geur 1,98 m
Garde au Sol 0,23 m
Empat­te­ment 2,51 m
Trans­mis­sion 4×2
Boite de Vitesse 4 Av. + 1 Ar.
Sus­pen­sion Par axe rigide et lames semi-elliptique
Elec­tri­cité 12 Volts
Frei­nage Hydrau­lique
Pneus 900 x 16
Vitesse maxi­mum 96 km/h
Consom­ma­tion 28 l/100 km
Moteur:
Marque Bed­ford
Cylin­drée 3519 cm3
Nombre 6 , en ligne
Sou­papes en têtes
Refroi­dis­se­ment Par eau
Puis­sance 72 Ch à 3000 t/min
Car­bu­rant Essence
Réser­voir 90 L (2 réser­voirs de 45 L)
Pro­duc­tion 66 000 exemplaires

LA GENESE

Au com­men­ce­ment étaient les patrouilles auto­mo­biles légères. Entre 1915 et 1917, lors du conflit contre les Senous­sis, l’Angleterre, pour défendre l’Egypte (Domi­nion Bri­tan­nique) contre les rebelles, expé­die cava­liers et troupes moto­ri­sées. Ces patrouilles auto­mo­biles légères sont équi­pées de Ford T, armées de mitrailleuses et munies de bidons d’eau, d’essence, et d’un com­pas solaire som­maire. Ainsi sont jetés les pre­mières bases d’un com­bat moto­risé en milieu déser­tique.
Les Senous­sis sont chas­sées d’Egypte en 1917.

MAJOR RALPH BAGNOLD

En 1925, le Major Ralph BAGNOLD ras­semble autour de lui un groupe de pas­sion­nés de cir­cuits en zones déser­tiques d’une tren­taine de per­sonnes. Consti­tué de civils et de mili­taires, en poste au Caire, ils se retrouvent le week-end en famille lors de balades à titre privé (20 livres par par­ti­ci­pant) qui débouchent fina­le­ment sur de véri­tables mis­sions d’exploration. Les iti­né­raires, de plus en plus long, par­fois supé­rieurs à 8000 miles, donnent lieu à un tra­vail de car­to­gra­phie détaillée, effec­tué par quelques spé­cia­listes de l’équipe (dont Pat CLAY­TON, entre autre, du ser­vice topo­gra­phique d’Egypte). Ils uti­lisent des Ford T, appré­ciées pour leur légè­reté, leur robus­tesse, et leurs roues parmi les plus larges pour l’époque (8 cm !).
En 1929, après avoir ouvert de nom­breuses voies au Sinaï et en Libye, ce groupe de pas­sion­nés ouvre le pas­sage de l’extrémité Nord de la Mer de Sable. Au cours de ce raid, de nom­breux points d’eau, seule­ment connus des nomades, sont rele­vés avec pré­ci­sion.
En 1935, la célèbre “Royal Geo­gra­phic Society” s’intéresse de près aux tra­vaux de l’équipe Bagnols, ainsi qu’aux amé­lio­ra­tions appor­tées au com­pas solaire, aux capa­ci­tés de fran­chis­se­ment et d’autonomie des véhi­cules, au refroidissement…

CREA­TION DU LRDG

En 1940, l’expansion colo­niale de l’Italie fas­ciste repré­sente un réel dan­ger pour l’Angleterre, qui n’a alors guère de forces à lui oppo­ser. Le Géné­ral Wavell, Com­man­dant en Chef, man­date le Major Bagnold pour créer, en 6 semaines, le LRPU (Long Range Patrol Unit), plus tard rebap­tisé LRDG (Long Range Desert Group). Cette unité, direc­te­ment ins­pi­rée des patrouilles auto­mo­biles légères de la grande guerre, est consti­tuée du noyau d’explorateurs remar­qué par la Royal Geo­gra­phic Society. Pour le reste de la troupe, pré­fé­rence est por­tée sur les Néo-zélandais, répu­tés pour le robus­tesse, débrouillar­dise et indé­pen­dance. Par la suite, Ecos­sais, Rho­dé­siens et anglais enri­chi­ront leurs rangs.
Les débuts sont épiques: Théo­do­lites, com­pas solaires, tables de loga­rithmes et jumelles sont four­nies ou “emprun­tées” à divers orga­nismes ou admi­nis­tra­tions locales. Les véhi­cules, pro­ve­nant de l’armée Egyp­tienne, sont des Ford Pick Up V8 15 cwt (pri­ci­pa­le­ment pour les offi­ciers, en voi­ture pilote), des Che­vro­let WB 30 cwt (4×2) pour le gros de la troupe, et des Marmon-Herrington 6T. (qui assurent la logistique).Tous sont modi­fiés et pré­pa­rés comme suit:
Allé­gés: Sup­pres­sion des portes, cabines, arceaux et capo­tage. (Non seule­ment pour le gain de poids, mais par sou­cis de dis­cré­tion — Réver­bé­ra­tion, hau­teur de la sil­houette…)
Equi­pés: Ins­tal­la­tion d’un gros vase d’expansion, de tapis et de plaques de désen­sa­blage, de bidons sup­plé­men­taires, de pneus spé­ciaux basse pres­sion, poste radio…
Camou­flés: repeint en divers nuances de jaune sable, allant jusqu’au rose pâle, sou­vent zébré de grandes tâches brunes. Plus tard, le camou­flage dépen­dra des thêatres d’opération où il évolue­ront.
Armés: Fixa­tion d’affût pour armes auto­ma­tiques (F.M. Lewis, Fusil anti tank Boys, Mitrailleuse Vickers) , quelques canons bofor 37 mm mon­tés sur che­vro­let, et quelques mor­tiers de 2 pouces.

Début 1941, 6 patrouilles (por­tant les noms de “T” Patrol, W, R, G, S, Y et com­po­sées cha­cunes de 30 hommes au départ, 15 par la suite) arpentent le désert. Elles vont deve­nir les yeux et les oreilles de l’Armée Bri­tan­nique en Afrique du Nord, loin der­rière les lignes ennemies.

MIS­SION

Les pre­mières sor­ties du LRDG ont pour objec­tif des mis­sions de recon­nais­sance (Uwei­nat, Aïn Dua) au cours des­quelles sont établies des points de ren­contre et sto­ckage d’eau et d’essence des­ti­nés à accroître le rayon d’action des patrouilles.
La voca­tion du LRDG est le ren­sei­gne­ment, l’ouverture de pistes, la recon­nais­sance du ter­rain, la créa­tion de cachettes d’approvisionnement,l’observation des concen­tra­tions et mou­ve­ments enne­mis, par­fois en inter­ro­geant des pri­son­niers Alle­mands, Ita­liens ou Aska­ris, et la popu­la­tion locale (pour ce faire, chaque patrouille compte dans ses rangs d’excellents inter­prètes, qui garan­tissent des inter­ro­ga­toires sans faille par des tra­duc­tions de qua­lité).
D’autres rôles leurs seront affec­tés, comme la récu­pé­ra­tion de pilotes et d’équipages dont les avions ont étés abat­tus en zone enne­mie, ou l’instruction à la navi­ga­tion et à la conduite en milieu déser­tique pour des armées alliées alors peu aguer­ries en de telles condi­tions de com­bat (Les FFL-Colonne Leclerc, les SAS, l’armée de Popski).
Une fois “rodés”, les scor­pions du désert comme on les appelle (ils ins­pi­re­ront plus tard Hugo PRATT) vont enta­mer une série d’action com­bi­nées avec les FFL, contre des points stra­té­giques Ita­liens. ainsi le raid sur Mour­zouk (début 1941), pré­paré minu­tieu­se­ment par le Major Bagnold et le Lt Colo­nel Colonna d’Ornano des fran­çais libres (ce der­nier trou­vera hélas la mort lors de l’attaque du Fort).De son coté, Leclerc et sa colonne attaque simul­ta­né­ment la For­te­resse de Kou­fra, d’où il pro­nonce après la vic­toire son célèbre ser­ment.
Mais reve­nons à nos scor­pions. Si les coups de main et les féroces et incon­tour­nables accro­chages avec l’ennemi font par­tie inté­grante de leur action, la mis­sion de ren­sei­gne­ment reste pré­pon­dé­rante, et néces­site par là même une dis­cré­tion abso­lue et l’évitement au maxi­mum de com­bat (dans la mesure du pos­sible) qui dénon­ce­rait leur pré­sence sur le ter­rain. Ce rôle offen­sif est joué par le SAS (Spe­cial Air Ser­vice), corps com­bat­tant indé­pen­dant mais com­bien com­plé­men­taire. Les SAS, com­mando para­chu­tiste com­posé d’anglais et de fran­çais libre, vont mener des actions de sabo­tage, des­truc­tion, élimi­na­tion de tout ce qui peut affai­blir l’ennemi (dépôt d’armes, de muni­tions, de vivres, d’eau, com­mu­ni­ca­tions, convois, aéro­ports…). Leur des­tin sera lié au LRDG, de leur créa­tion en 41 jusqu’à mi-42; Les scor­pions du désert les amè­ne­ront sur leurs objec­tifs et revien­dront les cher­cher, leur mis­sion accom­plie. (Les SAS sur­nom­me­ront le LRDG: “Ser­vice de Taxi du Désert Libyen” !). Après Juin 42, les SAS vont per­ce­voir leurs pre­mières Jeeps amé­ri­caines , qu’ils vont modi­fier et sur-armer à loi­sir, ren­dant leurs raids plus des­truc­teurs encore. A comp­ter de cet ins­tant, ces com­man­dos seront plus indé­pen­dants, et s’éloigneront quelque peu du LRDG, tout en res­tant en étroite col­la­bo­ra­tion.
Plus tard, le LRDG tou­chera égale­ment une petite quan­tité de Jeeps, qu’il équi­pera un peu dif­fé­rem­ment, ses besoins n’étant pas exac­te­ment les mêmes (moins d’autonomie et d’armement à bord, notamment).

CONCLU­SION

Le LRDG détient l’esprit du rai­deur saharien.Organisé à par­tir d’une bande de pas­sion­nés, on leur doit bon nombre de nos équi­pe­ments et de prin­cipe de base dans la pré­pa­ra­tion de nos véhi­cules, pro­ve­nant de leur expé­rience et de leur vécu. Avec un amour vrai et une réelle connais­sance du désert, une foi inébran­lable, un sys­tème D à toute épreuve, ces as de la navi­ga­tion nous démontrent ce qu’est un véri­table saha­rien. Aujourd’hui, chaque fois que je pré­pare ou effec­tue un raid, je ne puis m’empêcher de pen­ser, avec une pro­fonde humi­lité, à ces pion­niers du genre qui nous ont tant appris. Cha­peau bas les gars! Aux plus cri­tiques, je répon­drai qu’il faut recon­naître que la mar­gi­na­lité de cer­tains bri­tan­niques a don­ner d’excellents résul­tats, dont les épopées hantent encore les esprits: Law­rence d’Arabie, Orde Charles Win­gates qui créa les Chin­dits, Bagnols le LRDG, David Stir­ling les SAS

Quelques pré­ci­sions, pour les plus interessés:

NAVI­GA­TION:

Dans les rangs du LRDG se trou­vaient d’excellents navi­ga­teurs, éléments vitaux en milieu hos­tile.
A titre indi­vi­duel, tous per­ce­vaient une bous­sole, véri­table petit com­pas de relevé.
de nuit, ils navi­gaient à l’aide des étoiles, et uti­li­saient un théo­do­lite.
De jour, à l’aide du soleil ( “à l’oreille du cha­meau”) et d’un com­pas solaire de Type Bagnold, de tables de loga­rithmes, le tout avec une pré­ci­sion qui ferait pâlir nos GPS actuels (Respect…).

FRAN­CHIS­SE­MENT:

Les véhi­cules étaient qua­si­ment tous en 4×2 (Ford P.U. V8 comme Che­vro­let WA et WB), certes avec des moteurs très cou­pleux, mais tout de même…

Seuls cer­tains poids lourds d’approvisionnement (Heavy Sec­tion) furent par la suite en 4×4. Pour avoir uti­lisé leur type d’engins, poids lourds com­pris, je peux vous dire qu’il fal­lait être gon­flé et sacré­ment talen­tueux (y’avait pas mieux à l’époque, c’est vrai) pour par­tir avec çà dans le sable… (Re-respect !)

QUELQUES POINTS STRATEGIQUES

Pour mener à bien leur action, le Long Range Desert Group avait besoin de point de ravi­taille­ment, de repos, de cachettes et départs en mis­sion. Parmi les plus connus de leurs bases, on peut citer:
Oasis de Jalo
Oasis de Siwa
Oasis de Kou­fra (prise par Leclerc et lais­sée au LRDG)
Le Caire

ORGA­NI­SA­TION:

Chaque patrouille était com­po­sée de 15 hommes(30 au com­men­ce­ment), dont 4 spé­cia­listes:
1 Radio (sur poste Army Were­less N°11)
1 Navi­ga­teur
1 Méca­ni­cien
1 Infirmier

Le reste étant les chauf­feurs et les mitrailleurs.
Chaque spé­cia­liste devait être capable non seule­ment de tra­vailler dans les pires condi­tions, mais en plus de savoir entre­te­nir et répa­rer son maté­riel coûte que coûte.
L’ensemble de la patrouille devait avoir des bases solides dans chaque domaine, de façon à être inter­chan­geable à tout moment en cas de besoin.Leur sur­vie était en grande par­tie tri­bu­taire du véhi­cule; toute nou­velle recrue rece­vait une sérieuse for­ma­tion de méca­nique, entre­tien et répa­ra­tion, avec les moyens du bord, c’est à dire pas grand chose…
Il en était de même pour les trois autres postes vitaux.
Il est inter­es­sant de consta­ter qu’encore aujourd’hui, il est fort ras­su­rant de par­tir en raid avec dans le groupe de bons postes radio, un cador en navi­ga­tion , un bon mécano et une (jolie) infirmère.

LES VEHI­CULES:

Si le Che­vro­let WB Chevy 30 cwt –suc­cédé par le Che­vro­let WA 30 cwt– furent les véhi­cules les plus uti­li­sés, d’autres furent employés dans une moindre mesure comme le Ford F30 (et son homo­logue C30) qui équipa cer­taines patrouilles (S1 et S2). Ces camions pré­sen­taient l’avantage d’être 4×4. Le Ford Pick Up V8 15 cwt, et même excep­tion­nel­le­ment le Ford F8 (Che­vro­let C8) furent uti­li­sés comme voi­ture pilote.
Il ne faut pas oublier les valeu­reuses “Heavy Sec­tion”, sec­tions lourdes du LRDG qui pour­voyaient les bases et les points de ravi­taille­ment en car­bu­rant, eau et vivres. Ces convois n’étaient pas moins méri­tant, car dépla­cer plu­sieurs poids lourds char­gés, en temps de guerre et à l ‘arrière des lignes enne­mies, dans des condi­tions déser­tiques tient du miracle ! D’autant plus que les pre­miers modèles uti­li­sés n’étaient pas en 4×4: Bed­ford OY “3 tonnes”, Marmon-Herrington 6 tonnes… Avec l’apparition de nou­veaux modèles (et sur­tout la pos­si­bi­lité de les obte­nir!), notam­ment à par­tir de 1942, les “Heavy Sec­tion” se ser­virent de camions à trans­mis­sion inté­grale, comme le Ford F60 et Che­vro­let C60, le Mack NR4 et NR9, et même le White 10 tonnes !
Cepen­dant, il faut tou­jours gar­der à l’esprit le coté oppor­tu­niste du LRDG. C’est pour­quoi sur cer­taines pho­tos, on peut obser­ver excep­tion­nel­le­ment d’autres véhi­cules, jusque des camions Ita­liens de prise (Lan­cia 3Ro 6T).

CAMOU­FLAGE:

Il sem­ble­rait que les che­vro­lets aient été livrés dans des teintes “stan­dard” dont la déno­mi­na­tion anglaise est “Pierre Claire 61″. Cepen­dant, un camou­flage mai­son pou­vait être réa­lisé sur place, selon les théâtres d’opération avec des apports de brun, de rose,de gris, de bleu. Sou­vent issues de récu­pé­ra­tions de pein­tures d’avions ou bateaux, elles pou­vaient avoir aussi une ori­gine locale, non réper­to­riée dans les ser­vices de l’armée, ce qui rend dif­fi­cile une par­faite authen­ti­fi­ca­tion des cou­leurs pour la recons­ti­tu­tion.
Au Caire, on repei­gnait en ate­lier les engins qu’on rece­vait Kaki, comme les véhi­cules amé­ri­cains et nombre de blin­dés anglais, qui arri­vaient O.D. ou équi­vallent. Quoi qu’en disent cer­tains, la plu­part des camions anglais arri­vaient en Afrique déjà cou­leur sable, comme les Bed­fords, Che­vro­lets Canada, Mor­ris Commerciaux…(On retrouve d’ailleurs des teintes usine chez Bed­ford en angle­terre, et simi­lai­re­ment chez Che­vro­let et Morris).Chaque usine avait sa propre teinte, répon­dant au cahier des charges bri­tan­nique, et si on tient compte en plus de l’altération due au soleil, cela donne au final un large nuancier.

LE CHE­VRO­LET WB Chevy 30 cwt

Même si le LRDG a uti­lisé au cours de sa cam­pagne AFN (1940÷43) divers véhi­cules, son che­val de bataille le plus emblê­ma­tique fut cer­tai­ne­ment le Che­vro­let WB, plus tard rem­placé par le WA 30 cwt (à par­tir de Mars 1942). D’origine civil et puis en ser­vice dans l’armée égyp­tienne, il fut le plus adé­quat. Robuste et fiable, au moteur cou­pleux, aux hon­nêtes capa­ci­tés de fran­chis­se­ment, de bonnes dimen­sions (1500 kg de C.U.) pour trans­por­ter radio, vivres et équi­pe­ments, ce Pick Up, après modi­fi­ca­tion, cor­res­pon­dait idéa­le­ment à leurs besoins. Certes, il aurait été en 4×4, c’eut été par­fait, mais la jeep n’était pas encore née… Dans la mesure du pos­sible, les diri­geants cher­chèrent à uni­for­mi­ser au maxi­mum le parc auto­mo­bile pour des rai­sons évidentes de faci­lité et sim­pli­cité de répa­ra­tion et d’entretien.
N’oublions pas qu’ils évoluaient très loin du front euro­péen, et qu’en ces temps là les appro­vi­sion­ne­ments étaient plus qu’aléatoires.

LE CHE­VRO­LET WA 30 cwt

Moteur: 6 Cyl. de 80 HP
B.V. 4 Vitesses AV + 1 Ar
Roues: 10.5 x 16
Trans­mis­sion: 4x2
C.U. 1500 kg (cor­res­pon­dant à 30 cwt)
Poids: 2960 kg
Car­bu­rant: Essence (120 gal­lons = 545 litres embarqués )

HERI­TAGE:

Nous leur devons bien des choses, plus ou moins connues, dont il est juste de leur rendre grâce:
– Un nombre incal­cu­lable de cartes, rele­vés, tra­cés …
– Des pas­sages ouverts par eux, prin­ci­pa­le­ment en Egypte et Libye. L’extrémité Nord de la grande Mer de Sable, la Dépres­sion de Qat­tara…
– De très notables amé­lio­ra­tions du vase d’expansion, du com­pas solaire (Bagnold en créera un spé­cia­le­ment pour ses troupes, réputé extrê­me­ment pré­cis).
– La concep­tion de pneus basse pres­sion, à large bande de rou­le­ment et forte sur­face por­tante, au des­sin adapté au sable.
– Les plaques de désen­sa­blage: à l’origine, Bagnold, pour fran­chir les petits canaux d’irrigation dans les oasis, s’inspira des pas­se­relles dis­po­sées par les indi­gènes à cet effet. Il en construi­sit en tôle per­fo­rée, en forme de gou­tière et ren­for­cées de quelques fers plats. Il s’aperçut par la suite du grand inté­rêt de ces plaques pour se sor­tir du sable mou. Après quelques modi­fi­ca­tions, il arriva à un modèle final dont les amé­ri­cains s’inspirèrent à leur tour pour réa­li­ser leur plaque PSP qui recou­vre­ront notam­ment les piste d’atterissage pour les avions de combat.Toujours en tôle, moins ner­vu­rées que celles de Bagnold, ces plaques amé­ri­caines sont connues de tous et équipent encore bon nombre de 4×4 de raids actuels! A noter que le fer qui les consti­tuait fût rem­placé par de l’aluminium — la bonne idée — pour un gain de poids non négli­geable. Dans tous les cas, on remer­cie Bagnold pour ses plaques. On a guère fait mieux depuis.
ren­dons à César ce qui lui appar­tient, et n’oublions pas les riches ensei­gne­ments trans­mis sur des valeurs comme le gain de poids, les prin­cipes d’alimentation et de navi­ga­tion en milieu déser­tique, divers pré­pa­ra­tions et amé­na­ge­ments. Quand on regarde de près un des véhi­cules du LRDG, on se rend compte que nos 4×4 d’aujourd’hui sont équi­pés de la même façon; plaques sur les cotés, pelles acces­sibles, outils de navi­ga­tion proche du chauf­feur, 2 roues de secours, acces­si­bi­lité des éléments vitaux, pièces de rechange, réserves d’eau et d’essence sup­plé­men­taires, moyens de com­mu­ni­ca­tion, d’orientation… Bref, rien de bien dif­fé­rent, quoique, petits détails, 70 ans nous séparent, et qu’en 1940, le Sahara Egypto-libyen n’était même pas repré­senté sur les cartes!

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