Archive for mars, 2010


Pour infor­ma­tion, voici l’affiche que nous avons pub­liée à l’occasion du prochain défilé du 8 mai qui aura lieu à Canet (Pyrénées Orientales).

affiche défilé 8 mai 2010 représentant le GMC de Claude Mauclère

affiche 8 mai 2010

Restau­ra­tion d’une Jeep Willys MB Early de mars 1942.

Arrivée de la “Belle”

Démon­tage com­plet (à noter la grande dif­férence du dessous de caisse d’une Early)

Le véhicule est entière­ment sablé.

Chaque élément de car­rosserie est recou­vert d’un pri­maire anti-rouille.

La caisse est reposée. Tout est con­trôlé, véri­fié, réparé ou rem­placé au cours du remontage.

Après pein­ture de cha­cun des con­sti­tu­ants (indi­vidu­elle­ment), remon­tage de la voiture.

Acces­soiri­sa­tion  réal­iste et fidèle à l’Histoire. Chaque détail est soigné ( tout est daté au max­i­mum de 1942).

La Jeep est en con­stante évolu­tion en fonc­tion des trou­vailles (amélio­ra­tion et acces­soiri­sa­tion plus poussée avec le temps).

Restau­ra­tion: popote mod­èle 1938

La popote du club le jour de son arrivée.

Quelques mois plus tard, après restauration.

BEDFORD MWD de 1941  “Colonne Leclerc, Prise de Koufra”

Un peu d’histoire…

Un Bed­ford d’une com­pag­nie de Décou­verte et de Combat

Ce petit véhicule anglais à voca­tion mil­i­taire dont la con­cep­tion finale est atteinte en 1939, est le résul­tat d’une demande du War Office remon­tant à 1935. Durant ces 4 années, la Bed­ford Truck Divi­sion  va peu à peu améliorer son pro­to­type de base ; mod­i­fi­ca­tion du châs­sis,  des sus­pen­sions, pneus plus larges, éléva­tion de la garde au sol, sur dimen­sion du radi­a­teur et du fil­tre à air…le tout imposé par le War  Mech­a­ni­sa­tion Board.
Par la suite, le camion évoluera peu durant le reste du con­flit mon­dial. Il servira de bête de somme dans toute l’armée bri­tan­nique. Mal­gré une trans­mis­sion en 4x2, il sera très appré­cié sur tous les fronts, par­ti­c­ulière­ment au sud du bassin méditer­ranéen, jusqu’au con­fins du sahara.
Le Bed­ford MWD est l’équivalent anglais de Dodge WC 51 de l’armée Améri­caine.
Un petite page d’histoire :
Fin 1940, Leclerc et sa « colonne » (env­i­ron 400 hommes, habil­lés par les anglais mais con­ser­vant leur arme­ment français et une par­tie de leur équipement) dis­posent d’un parc auto­mo­bile des plus fatigués ; Camions Mat­ford et Laffly ( S20T, S15T et R) , ambu­lance Austin ‚quelques break Mat­ford, tous bien trop essouf­flés pour mener à bien une offen­sive sur le Fort de Koufra .
Avec obsti­na­tion et per­sévérance, Leclerc finit par obtenir de l’état major  des FFL un lot de 26 Bed­ford flam­bants neufs prélevé à la 1ère Com­pag­nie de train  des FFL. C’est avec ces fraîches mon­tures (les Bed­ford équiper­ont ses 2 pelo­tons de com­bat), sans équipement radio, que Leclerc va passer à l’attaque, qui se sol­dera par le suc­cès que l’on con­naît et l’énoncé du célèbre ser­ment de Koufra . Par son sens stratégique et le courage de ses hommes, Leclerc parvient même à met­tre en déroute la Sahar­i­anna Ital­i­enne, pour­tant bien mieux armée et supérieure en nom­bre.
Plus tard, le Bed­ford , fiable et généreux, au moteur cou­pleux,  restera le véhicule sym­bol­ique et favori des FFL , jusqu’à la fin de la cam­pagne de Tunisie et les accords d’Anfa  , début 43,  date où il sera détrôné par l’arrivée du matériel améri­cain. Le glas sonne pour le con­flit en AFN, la 2e DB va naître : une autre page de l’histoire commence.

L’appel du sable

Pas­sionné de véhicules mil­i­taires de la deux­ième guerre mon­di­ale, j’ai tou­jours été attiré par  ceux ayant par­ticipés au con­flit Nord-Africain. Vouant une réelle fas­ci­na­tion  pour ce milieu aussi beau qu’hostile, théâtre d’opération immense chargé d’impératifs, cet amour  du désert m’a con­duit à réaliser moi-même des raids trans-sahariens, partageant par là-même des sen­sa­tions avec les com­bat­tants que je tente d’honorer aujourd’hui. J’avais restauré déjà depuis quelques années  une jeep SAS dans le plus grand respect his­torique. Nous étions d’ailleurs, avec mon ami Jean Benot­teau (VMM N° 15 de Juin/Juillet 2007) parmi les pre­miers à  pos­séder respec­tive­ment un exem­plaire de ce véhicule légendaire, bien avant que les SAS ne devi­en­nent à la mode et que l’on voit fleurir çà et là des repro­duc­tions par­fois très approx­i­ma­tives et indignes de ce nom.

La décou­verte

Tout en suiv­ant les travaux de Jean B. sur  son Chevro­let du LRDG bien connu aujourd’hui,  je pour­suiv­ais mes inves­ti­ga­tions, car je désir­ais depuis longtemps hon­orer d’autres com­bat­tants oubliés du désert ; les troupes de la Colonne Leclerc, qui pour ainsi dire ne sont jamais représen­tées lors des com­mé­mora­tions. Après moult recherches, je décou­vrais enfin la perle rare: Un Bed­ford MWD de 1941 croupis­sant en Hol­lande, au fond d’un hangar. J’organisais l’expédition, louant une remorque aux dimen­sions adéquates pour pou­voir ramener l’engin, effec­tu­ant les pré­parat­ifs. Un grand merci aux amis qui me sec­ondèrent  dans ce voy­age et  me  servirent tour à tour  de guide et d’interprète, m’assistant lors des  longues négo­ci­a­tions et du rap­a­triement des plus aven­tureux.
Hiver 2005 ; le “bébé” arrive enfin dans les Pyrénées Orientales.

Des début prometteurs…

Le véhicule com­mence à être peu à peu désossé avant peinture

Pour com­mencer, un bilan appro­fondi per­met d’affirmer que l’embrayage est collé, la pompe à essence, l’ensemble du sys­tème de freinage, maître-cylindre com­pris, sont hors d’usage, que l’électricité est à revoir sérieuse­ment, la colonne de direc­tion à changer. Par bon­heur, le moteur s’avère en bonne état général, la boite de vitesse égale­ment, mal­gré une grille de sélec­tion un peu fatiguée. Mais force est de con­stater que le véhicule est qua­si­ment com­plet et rel­a­tive­ment sain, détail pri­mor­dial quand on con­naît la dif­fi­culté de trou­ver des pièces de Bed­ford.
Les travaux mécaniques pren­dront de longs mois. Tout sera véri­fié, con­trôlé, réparé ou rem­placé dans la mesure du pos­si­ble : Bat­terie, fais­ceau et bou­gies, fil­tres, car­bu­ra­teur, pompe à essence, maître-cylindre et cylin­dres de roues, colonne et boîtier de direc­tion, etc.…
L’approvisionnement en pièces neuves, dénichées de haute lutte en Angleterre, retardera quelque peu la restora­tion.
Au final, le véhicule fonc­tionne con­ven­able­ment. Le 6 Cylin­dres en ligne émet un doux bruit, si car­ac­téris­tique des moteurs anglais.

La par­tie carrosserie-peinture-accessoirisation va pou­voir enfin com­mencer.
La car­rosserie s’avère pro­pre dans l’ensemble, mise à part quelques zones habituelles (bas de caisse, ailes…). Les portes et le pare-brise sont pro­pre­ment démon­tés. La caisse arrière, en bois, est impec­ca­ble. Toutes les fer­rures sont présentes. A noter que le camion, dans son ensem­ble, com­prend beau­coup d’éléments en bois.
L’ensemble du véhicule est démonté au max­i­mum et poncé. Les par­ties sen­si­bles sont sablées et traitées.
Par­al­lèle­ment , les sup­ports d’armes automa­tiques sont instal­lés sur le véhicule, de même que les sup­ports des plaques de désens­ablage.
L’électricité est ensuite ter­minée, les « ravis­sants »  feux de remorque mod­ernes seront bien sûr rem­placés au remon­tage.
Les pneus mil­i­tary, secs et durs comme de la pierre, sont rem­placés à grand peine par des pro­fils très proches des pneus sable util­isés jadis.
Pour la pein­ture, la teinte d’origine est repro­duite réelle­ment à l’identique. C’est la couleur sable util­isée par les usine Bed­ford en 1941.(L’ancien pro­prié­taire, décédé aujourd’hui, l’avait rap­porté directe­ment de la maison-mère voilà une quin­zaine d’année ).
Chaque pièce est peinte séparé­ment puis remon­tée. Une dernière couche finale est appliquée pour par­faire le résul­tat. La sel­l­erie, présente mais délabrée, est refaite à l’identique par un sel­l­ier local.
Vient la phase tant atten­due du remon­tage des derniers organes (optiques de phares, comp­teurs, volant…) et de l’accessoirisation !

Un soin par­ti­c­ulier est apporté au réal­isme du résultat.

Entre les 2 sièges avants, un com­pas aide à la nav­i­ga­tion. Prélevé sur un bom­bardier Bris­tol Blei­heim, en ser­vice sur ce théâtre d’opération.

Un aperçu du désor­dre appar­ent qui règne à l’arrière. Deux pas­sagers (les serveurs de la mitrailleuse) y trou­vaient place.

Accrochée à l’arrière du véhicule, une gherba, outre en peau de chèvre ‚four­nis­sait de l’eau fraiche à l’équipage.

Chaque acces­soire présent sur le véhicule est authen­tique, daté au plus tard de 1941. Chaque sac, besace, gourde, bidon, porte-carte,  tout doit cor­re­spon­dre, foi de col­lec­tion­neur ! Pas de matériel hors sujet non plus ! Ainsi, aucun objet alle­mand ne fig­ure dans le Bed­ford (Leclerc n’ayant ren­con­tré l’Africakorp qu’ultérieurement), hormis les jer­rycans, tous alle­mands, mais qui équipaient déjà les troupes ital­i­ennes (notam­ment les chars) , et sont les  seuls disponibles sur le ter­rain au moment des faits ; les jer­rycans anglais et améri­cains n’apparaîtront qu’un peu plus tard sur ce théâtre d’opération. Par  soucis de réal­isme, les nour­rices embar­quées sont de 1938, 39, 41…et présen­tent des vari­ances de teintes entre elles. (Prises de guerre).
Les plaques de désens­ablage anglaises sont fidèle­ment repro­duites à l’identique (pliées, trouées, ren­for­cées par lamelles riv­etées, comme à l’origine, mod­èle à l’appui) . Pour le reste, le véhicule four­mille de matériel italo-anglo-français ; jumelles, gour­des, besaces, paque­tages, un fût de 200 L et plusieurs de 50 L (dont cer­tains sont datés 1930 !), caisses anglaises et ital­i­ennes…
L’armement est con­forme  aux nom­breux  témoignages pho­tographiques et man­u­scrits. Les armes sont prin­ci­pale­ment françaises. C’est après la prise de Koufra que Leclerc récupér­era bon nom­bre d’armes ital­i­ennes, mitrailleuses com­prises, et que le com­man­de­ment anglais recon­naî­tra l’efficacité et le sérieux des troupes FFL, les aidant dès lors en armes, matériels et équipements à compter de cette bril­lante vic­toire.
Le Bed­ford pos­sède une mitrailleuse Hotchkiss Mod. 1914 en caisse, dont les serveurs (tireur et pour­voyeur) ont tout juste la place d’évoluer dans le four­bis qui règne à l’arrière du camion. A l’avant gauche (le volant est à droite, rap­pelons le), sur affût, un F.M. 24.29 est fixé, ses mul­ti­ples chargeurs au pied. En râte­lier se trouve un Mas 36, splen­dide fusil pour l’époque, et der­rière le chauf­feur un Lee Enfield MKIII.
Le com­pas de nav­i­ga­tion provenant d’un bom­bardier anglais Bris­tol Blenheim et daté 1940 trône entre les 2 sièges. Rien ne manque dans ce véhicule peu courant aujourd’hui, voir unique dans cette ver­sion. Mal­gré tout , je n’ai de cesse d’améliorer le résul­tat de ma restora­tion, comme cette gherba dénichée lors d’une de mes expédi­tions Libyennes en 2007 près de Koufra juste­ment. Mais quelle récom­pense et quelle fierté que le résul­tat et les com­pli­ments notam­ment de vétérans du Mémo­r­ial Leclerc de Paris.

Tou­jours des pro­jets…
Il aura fallu 18 mois pour ter­miner l’engin. La chose à été rel­a­tive­ment rapide, com­par­a­tive­ment à d’autres restau­ra­tion, grâce à l’aide de quelques copains de MVCG Langue­doc Rous­sil­lon, je pense prin­ci­pale­ment à Claude pour la mécanique et Fran­cis pour le rap­a­triement. La col­lecte d’accessoires d’origine démar­rée bien avant le début des travaux, a facil­ité et activé l’équipement général du véhicule. La belle couleur sable  de ce petit camion et la pro­fu­sion des équipements attirent tou­jours l’attention des badauds et des pho­tographes, pour mon plus grand plaisir , heureux de rem­plir mon devoir de mémoire vis à vis des pre­miers hommes de la  Colonne Leclerc. Mes pro­jets ? Après la Jeep des SAS et le Bed­ford des FFL, le LRDG m’attire ter­ri­ble­ment… à moins qu’un Bren Car­rier de Bir Hakeim ne croise ma route auparavant !

Les petits pare-brises sont rabat­ta­bles. Une housse les pro­tège et évite toute réver­béra­tion qui trahi­rait la sit­u­a­tion du véhicule auprès de l’ennemi

Le Bed­ford est presque ter­miné. Quelques acces­soires sup­plé­men­taire­spren­dront place,au gré de leur découverte.

FICHE TECHNIQUE   Bed­ford MWD

Con­duite à droite
Poids à Vide 2145 Kg
Poids en Charge 3506 Kg
Longueur 4,37  m
Largeur 1,98  m
Garde au Sol 0,23  m
Empat­te­ment 2,51  m
Trans­mis­sion 4x2
Boite de Vitesse 4 Av. + 1 Ar.
Sus­pen­sion Par axe rigide et lames semi-elliptique
Elec­tric­ité 12 Volts
Freinage Hydraulique
Pneus 900 x 16
Vitesse max­i­mum 96  km/h
Con­som­ma­tion 28 l/100 km
Moteur:
Mar­que Bed­ford
Cylin­drée 3519 cm3
Nom­bre 6 , en ligne
Soupa­pes en têtes
Refroidisse­ment Par eau
Puis­sance 72 Ch à 3000 t/min
Car­bu­rant Essence
Réser­voir 90 L (2 réser­voirs de 45 L)
Pro­duc­tion 66 000 exemplaires

LA GENESE

Au com­mence­ment étaient les patrouilles auto­mo­biles légères. Entre 1915 et 1917, lors du con­flit con­tre les Senous­sis, l’Angleterre, pour défendre l’Egypte (Domin­ion Bri­tan­nique) con­tre les rebelles, expédie cav­a­liers et troupes motorisées. Ces patrouilles auto­mo­biles légères sont équipées de Ford T, armées de mitrailleuses et munies de bidons d’eau, d’essence, et d’un com­pas solaire som­maire. Ainsi sont jetés les pre­mières bases d’un com­bat motorisé en milieu déser­tique.
Les Senous­sis sont chas­sées d’Egypte en 1917.

MAJOR RALPH BAGNOLD

En 1925, le Major Ralph BAGNOLD rassem­ble autour de lui un groupe de pas­sion­nés de cir­cuits en zones déser­tiques d’une trentaine de per­son­nes. Con­sti­tué de civils et de mil­i­taires, en poste au Caire, ils se retrou­vent le week-end en famille lors de balades à titre privé (20 livres par par­tic­i­pant) qui débouchent finale­ment sur de véri­ta­bles mis­sions d’exploration. Les itinéraires, de plus en plus long, par­fois supérieurs à 8000 miles, don­nent lieu à un tra­vail de car­togra­phie détail­lée, effec­tué par quelques spé­cial­istes de l’équipe (dont Pat CLAYTON, entre autre, du ser­vice topographique d’Egypte). Ils utilisent des Ford T, appré­ciées pour leur légèreté, leur robustesse, et leurs roues parmi les plus larges pour l’époque (8 cm !).
En 1929, après avoir ouvert de nom­breuses voies au Sinaï et en Libye, ce groupe de pas­sion­nés ouvre le pas­sage de l’extrémité Nord de la Mer de Sable. Au cours de ce raid, de nom­breux points d’eau, seule­ment con­nus des nomades, sont relevés avec pré­ci­sion.
En 1935, la célèbre “Royal Geo­graphic Soci­ety” s’intéresse de près aux travaux de l’équipe Bag­nols, ainsi qu’aux amélio­ra­tions apportées au com­pas solaire, aux capac­ités de fran­chisse­ment et d’autonomie des véhicules, au refroidissement…

CREATION DU LRDG

En 1940, l’expansion colo­niale de l’Italie fas­ciste représente un réel dan­ger pour l’Angleterre, qui n’a alors guère de forces à lui opposer. Le Général Wavell, Com­man­dant en Chef, man­date le Major Bag­nold pour créer, en 6 semaines, le LRPU (Long Range Patrol Unit), plus tard rebap­tisé LRDG (Long Range Desert Group). Cette unité, directe­ment inspirée des patrouilles auto­mo­biles légères de la grande guerre, est con­sti­tuée du noyau d’explorateurs remar­qué par la Royal Geo­graphic Soci­ety. Pour le reste de la troupe, préférence est portée sur les Néo-zélandais, réputés pour le robustesse, débrouil­lardise et indépen­dance. Par la suite, Ecos­sais, Rhodésiens et anglais enrichi­ront leurs rangs.
Les débuts sont épiques: Théodo­lites, com­pas solaires, tables de log­a­rithmes et jumelles sont fournies ou “emprun­tées” à divers organ­ismes ou admin­is­tra­tions locales. Les véhicules, provenant de l’armée Egyp­ti­enne, sont des Ford Pick Up V8 15 cwt (pric­i­pale­ment pour les officiers, en voiture pilote), des Chevro­let WB 30 cwt (4x2) pour le gros de la troupe, et des Marmon-Herrington 6T. (qui assurent la logistique).Tous sont mod­i­fiés et pré­parés comme suit:
Allégés: Sup­pres­sion des portes, cab­ines, arceaux et capotage. (Non seule­ment pour le gain de poids, mais par soucis de dis­cré­tion — Réver­béra­tion, hau­teur de la sil­hou­ette…)
Equipés: Instal­la­tion d’un gros vase d’expansion, de tapis et de plaques de désens­ablage, de bidons sup­plé­men­taires, de pneus spé­ci­aux basse pres­sion, poste radio…
Cam­ou­flés: repeint en divers nuances de jaune sable, allant jusqu’au rose pâle, sou­vent zébré de grandes tâches brunes. Plus tard, le cam­ou­flage dépen­dra des thêa­tres d’opération où il évolueront.
Armés: Fix­a­tion d’affût pour armes automa­tiques (F.M. Lewis, Fusil anti tank Boys, Mitrailleuse Vick­ers) , quelques canons bofor 37 mm mon­tés sur chevro­let, et quelques mortiers de 2 pouces.

Début 1941, 6 patrouilles (por­tant les noms de “T” Patrol, W, R, G, S, Y et com­posées cha­cunes de 30 hommes au départ, 15 par la suite) arpen­tent le désert. Elles vont devenir les yeux et les oreilles de l’Armée Bri­tan­nique en Afrique du Nord, loin der­rière les lignes ennemies.

MISSION

Les pre­mières sor­ties du LRDG ont pour objec­tif des mis­sions de recon­nais­sance (Uweinat, Aïn Dua) au cours desquelles sont établies des points de ren­con­tre et stock­age d’eau et d’essence des­tinés à accroître le rayon d’action des patrouilles.
La voca­tion du LRDG est le ren­seigne­ment, l’ouverture de pistes, la recon­nais­sance du ter­rain, la créa­tion de cachettes d’approvisionnement,l’observation des con­cen­tra­tions et mou­ve­ments enne­mis, par­fois en inter­ro­geant des pris­on­niers Alle­mands, Ital­iens ou Askaris, et la pop­u­la­tion locale (pour ce faire, chaque patrouille compte dans ses rangs d’excellents inter­prètes, qui garan­tis­sent des inter­roga­toires sans faille par des tra­duc­tions de qual­ité).
D’autres rôles leurs seront affec­tés, comme la récupéra­tion de pilotes et d’équipages dont les avions ont étés abat­tus en zone enne­mie, ou l’instruction à la nav­i­ga­tion et à la con­duite en milieu déser­tique pour des armées alliées alors peu aguer­ries en de telles con­di­tions de com­bat (Les FFL-Colonne Leclerc, les SAS, l’armée de Pop­ski).
Une fois “rodés”, les scor­pi­ons du désert comme on les appelle (ils inspireront plus tard Hugo PRATT) vont entamer une série d’action com­binées avec les FFL, con­tre des points stratégiques Ital­iens. ainsi le raid sur Mour­zouk (début 1941), pré­paré minu­tieuse­ment par le Major Bag­nold et le Lt Colonel Colonna d’Ornano des français libres (ce dernier trou­vera hélas la mort lors de l’attaque du Fort).De son coté, Leclerc et sa colonne attaque simul­tané­ment la Forter­esse de Koufra, d’où il prononce après la vic­toire son célèbre ser­ment.
Mais revenons à nos scor­pi­ons. Si les coups de main et les féro­ces et incon­tourn­ables accrochages avec l’ennemi font par­tie inté­grante de leur action,  la mis­sion de ren­seigne­ment reste prépondérante, et néces­site par là même une dis­cré­tion absolue et l’évitement au max­i­mum de com­bat (dans la mesure du pos­si­ble) qui dénon­cerait leur présence sur le ter­rain. Ce rôle offen­sif est joué par le SAS (Spe­cial Air Ser­vice), corps com­bat­tant indépen­dant mais com­bien com­plé­men­taire. Les SAS, com­mando para­chutiste com­posé d’anglais et de français libre, vont mener des actions de sab­o­tage, destruc­tion, élim­i­na­tion de tout ce qui peut affaib­lir l’ennemi (dépôt d’armes, de muni­tions, de vivres, d’eau, com­mu­ni­ca­tions, con­vois, aéro­ports…). Leur des­tin sera lié au LRDG, de leur créa­tion en 41 jusqu’à mi-42; Les scor­pi­ons du désert les amèneront sur leurs objec­tifs et revien­dront les chercher, leur mis­sion accom­plie. (Les SAS surnom­meront le LRDG: “Ser­vice de Taxi du Désert Libyen” !). Après Juin 42, les SAS vont percevoir leurs pre­mières Jeeps améri­caines , qu’ils vont mod­i­fier et sur-armer à loisir, ren­dant leurs raids plus destruc­teurs encore. A compter de cet instant, ces com­man­dos seront plus indépen­dants, et s’éloigneront quelque peu du LRDG, tout en restant en étroite col­lab­o­ra­tion.
Plus tard, le LRDG touchera égale­ment une petite quan­tité de Jeeps, qu’il équipera un peu dif­férem­ment, ses besoins n’étant pas exacte­ment les mêmes (moins d’autonomie et d’armement à bord, notamment).

CONCLUSION

Le LRDG détient l’esprit du raideur saharien.Organisé à par­tir d’une bande de pas­sion­nés, on leur doit bon nom­bre de nos équipements et de principe de base dans la pré­pa­ra­tion de nos véhicules, provenant de leur expéri­ence et de leur vécu. Avec un amour vrai et une réelle con­nais­sance du désert, une foi inébran­lable, un sys­tème D à toute épreuve, ces as de la nav­i­ga­tion nous démon­trent ce qu’est un véri­ta­ble saharien. Aujourd’hui, chaque fois que je pré­pare ou effectue un raid, je ne puis m’empêcher de penser, avec une pro­fonde humil­ité, à ces pio­nniers du genre qui nous ont tant appris. Cha­peau bas les gars! Aux plus cri­tiques, je répondrai qu’il faut recon­naître que la mar­gin­al­ité de cer­tains bri­tan­niques a don­ner d’excellents résul­tats, dont les épopées hantent encore les esprits: Lawrence d’Arabie, Orde Charles Wingates qui créa les Chin­dits, Bag­nols le LRDG, David Stir­ling les SAS

Quelques pré­ci­sions, pour les plus interessés:

NAVIGATION:

Dans les rangs du LRDG se trou­vaient d’excellents nav­i­ga­teurs, éléments vitaux en milieu hos­tile.
A titre indi­viduel, tous perce­vaient une bous­sole, véri­ta­ble petit com­pas de relevé.
de nuit, ils nav­i­gaient à l’aide des étoiles, et util­i­saient un théodo­lite.
De jour, à l’aide du soleil ( “à l’oreille du chameau”) et d’un com­pas solaire de Type Bag­nold, de tables de log­a­rithmes, le tout avec une pré­ci­sion qui ferait pâlir nos GPS actuels (Respect…).

FRANCHISSEMENT:

Les véhicules étaient qua­si­ment tous en 4x2 (Ford P.U. V8 comme Chevro­let WA et WB), certes avec des moteurs très cou­pleux, mais tout de même…

Seuls cer­tains poids lourds d’approvisionnement (Heavy Sec­tion) furent par la suite en 4x4. Pour avoir util­isé leur type d’engins, poids lourds com­pris, je peux vous dire qu’il fal­lait être gon­flé et sacré­ment tal­entueux (y’avait pas mieux à l’époque, c’est vrai) pour par­tir avec çà dans le sable… (Re-respect !)

QUELQUES POINTS STRATEGIQUES

Pour mener à bien leur action, le Long Range Desert Group avait besoin de point de rav­i­taille­ment, de repos, de cachettes et départs en mis­sion. Parmi les plus con­nus de leurs bases, on peut citer:
Oasis de Jalo
Oasis de Siwa
Oasis de Koufra (prise par Leclerc et lais­sée au LRDG)
Le Caire

ORGANISATION:

Chaque patrouille était com­posée de 15 hommes(30 au com­mence­ment), dont 4 spé­cial­istes:
1 Radio (sur poste Army Were­less N°11)
1 Nav­i­ga­teur
1 Mécani­cien
1 Infirmier

Le reste étant les chauf­feurs et les mitrailleurs.
Chaque spé­cial­iste devait être capa­ble non seule­ment de tra­vailler dans les pires con­di­tions, mais en plus de savoir entretenir et réparer son matériel coûte que coûte.
L’ensemble de la patrouille devait avoir des bases solides dans chaque domaine, de façon à être inter­change­able à tout moment en cas de besoin.Leur survie était en grande par­tie trib­u­taire du véhicule; toute nou­velle recrue rece­vait une sérieuse for­ma­tion de mécanique, entre­tien et répa­ra­tion, avec les moyens du bord, c’est à dire pas grand chose…
Il en était de même pour les trois autres postes vitaux.
Il est inter­es­sant de con­stater qu’encore aujourd’hui, il est fort ras­sur­ant de par­tir en raid avec dans le groupe de bons postes radio, un cador en nav­i­ga­tion , un bon mécano et une (jolie) infirmère.

LES VEHICULES:

Si le Chevro­let WB Chevy 30 cwt –suc­cédé par le Chevro­let WA 30 cwt– furent les véhicules les plus util­isés, d’autres furent employés dans une moin­dre mesure comme le Ford F30 (et son homo­logue C30) qui équipa cer­taines patrouilles (S1 et S2). Ces camions présen­taient l’avantage d’être  4x4. Le Ford Pick Up V8 15 cwt, et même excep­tion­nelle­ment le Ford F8 (Chevro­let C8) furent util­isés comme voiture pilote.
Il ne faut pas oublier les valeureuses “Heavy Sec­tion”, sec­tions lour­des du LRDG qui pour­voy­aient les bases et les points de rav­i­taille­ment en car­bu­rant, eau et vivres. Ces con­vois n’étaient pas moins méri­tant, car déplacer plusieurs poids lourds chargés, en temps de guerre et à l ‘arrière des lignes enne­mies, dans des con­di­tions déser­tiques tient du mir­a­cle !  D’autant plus que les pre­miers mod­èles util­isés n’étaient pas en 4x4: Bed­ford OY “3 tonnes”, Marmon-Herrington 6 tonnes… Avec l’apparition de nou­veaux mod­èles (et surtout la pos­si­bil­ité de les obtenir!), notam­ment à par­tir de 1942, les “Heavy Sec­tion” se servirent de camions à trans­mis­sion inté­grale,  comme le Ford F60 et Chevro­let C60,  le Mack NR4 et NR9, et même le White 10 tonnes !
Cepen­dant, il faut tou­jours garder à l’esprit le coté oppor­tuniste du LRDG. C’est pourquoi sur cer­taines pho­tos, on peut observer excep­tion­nelle­ment d’autres véhicules, jusque des camions Ital­iens de prise (Lan­cia 3Ro 6T).

CAMOUFLAGE:

Il sem­blerait que les chevro­lets aient été livrés dans des teintes “stan­dard” dont la dénom­i­na­tion anglaise est “Pierre Claire 61″. Cepen­dant, un cam­ou­flage mai­son pou­vait être réal­isé sur place, selon les théâtres d’opération avec des apports de brun, de rose,de gris, de bleu.   Sou­vent issues de récupéra­tions de pein­tures d’avions ou bateaux, elles pou­vaient avoir aussi une orig­ine locale, non réper­toriée dans les ser­vices de l’armée, ce qui rend dif­fi­cile une par­faite authen­tifi­ca­tion des couleurs pour la recon­sti­tu­tion.
Au Caire, on repeignait en ate­lier les engins qu’on rece­vait Kaki, comme les véhicules améri­cains et nom­bre de blindés anglais, qui arrivaient O.D. ou équiv­al­lent. Quoi qu’en dis­ent cer­tains, la plu­part des camions anglais arrivaient en Afrique déjà couleur sable, comme les Bed­fords, Chevro­lets Canada, Mor­ris Commerciaux…(On retrouve d’ailleurs des teintes usine chez Bed­ford en angleterre, et sim­i­laire­ment chez Chevro­let et Morris).Chaque usine avait sa pro­pre teinte, répon­dant au cahier des charges bri­tan­nique, et si on tient compte en plus de l’altération due au soleil, cela donne au final un large nuancier.

LE CHEVROLET WB Chevy 30 cwt

Même si le LRDG a util­isé au cours de sa cam­pagne AFN (1940/43) divers véhicules, son cheval de bataille le plus emblê­ma­tique fut cer­taine­ment le Chevro­let WB, plus tard rem­placé par le WA 30 cwt (à par­tir de Mars 1942). D’origine civil et puis en ser­vice dans l’armée égyp­ti­enne, il fut le plus adéquat. Robuste et fiable, au moteur cou­pleux, aux hon­nêtes capac­ités de fran­chisse­ment, de bonnes dimen­sions (1500 kg de C.U.) pour trans­porter radio, vivres et équipements, ce Pick Up, après mod­i­fi­ca­tion, cor­re­spondait idéale­ment à leurs besoins. Certes, il aurait été en 4x4, c’eut été par­fait, mais la jeep n’était pas encore née… Dans la mesure du pos­si­ble, les dirigeants cher­chèrent à uni­formiser au max­i­mum le parc auto­mo­bile pour des raisons évidentes de facil­ité et sim­plic­ité de répa­ra­tion et d’entretien.
N’oublions pas qu’ils évolu­aient très loin du front européen, et qu’en ces temps là les appro­vi­sion­nements étaient plus qu’aléatoires.

LE CHEVROLET WA  30 cwt

Moteur:        6 Cyl. de 80 HP
B.V.         4 Vitesses AV + 1 Ar
Roues:        10.5 x 16
Trans­mis­sion:     4x2
C.U.        1500 kg (cor­re­spon­dant à 30 cwt)
Poids:        2960 kg
Car­bu­rant:    Essence (120 gal­lons = 545 litres embarqués )

HERITAGE:

Nous leur devons bien des choses, plus ou moins con­nues, dont il est juste de leur ren­dre grâce:
– Un nom­bre incal­cu­la­ble de cartes, relevés, tracés …
– Des pas­sages ouverts par eux, prin­ci­pale­ment en Egypte et Libye. L’extrémité Nord de la grande Mer de Sable, la Dépres­sion de Qat­tara…
– De très nota­bles amélio­ra­tions du vase d’expansion, du com­pas solaire (Bag­nold en créera un spé­ciale­ment pour ses  troupes, réputé extrême­ment pré­cis).
– La con­cep­tion de pneus basse pres­sion, à large bande de roule­ment et forte sur­face por­tante, au dessin adapté au sable.
– Les plaques de désens­ablage: à l’origine, Bag­nold, pour franchir les petits canaux d’irrigation dans les oasis, s’inspira des passerelles dis­posées par les indigènes à cet effet. Il en con­stru­isit en tôle per­forée, en forme de goutière et ren­for­cées de quelques fers plats. Il s’aperçut par la suite du grand intérêt de ces plaques pour se sor­tir du sable mou. Après quelques mod­i­fi­ca­tions, il arriva à un mod­èle final dont les améri­cains s’inspirèrent à leur tour pour réaliser leur plaque PSP qui recou­vreront notam­ment les piste d’atterissage pour les avions de combat.Toujours en tôle, moins nervurées que celles de Bag­nold, ces plaques améri­caines sont con­nues de tous et équipent encore bon nom­bre de 4x4 de raids actuels! A noter que le fer qui les con­sti­tu­ait fût rem­placé par de l’aluminium — la bonne idée — pour un gain de poids non nég­lige­able. Dans tous les cas, on remer­cie Bag­nold pour ses plaques. On a guère fait mieux depuis.
ren­dons à César ce qui lui appar­tient, et n’oublions pas les riches enseigne­ments trans­mis sur des valeurs comme le gain de poids, les principes d’alimentation et de nav­i­ga­tion en milieu déser­tique, divers pré­pa­ra­tions et amé­nage­ments. Quand on regarde de près un des véhicules du LRDG, on se rend compte que nos 4x4 d’aujourd’hui sont équipés de la même façon; plaques sur les cotés, pelles acces­si­bles, out­ils de nav­i­ga­tion proche du chauf­feur, 2 roues de sec­ours, acces­si­bil­ité des éléments vitaux, pièces de rechange, réserves d’eau et d’essence sup­plé­men­taires, moyens de com­mu­ni­ca­tion, d’orientation… Bref, rien de bien dif­férent, quoique, petits détails, 70 ans nous sépar­ent, et qu’en 1940, le Sahara Egypto-libyen n’était même pas représenté sur les cartes!