Archive for mars, 2010
Restauration d’une Jeep Willys MB Early de mars 1942.
Arrivée de la “Belle”
Démontage complet (à noter la grande différence du dessous de caisse d’une Early)
Le véhicule est entièrement sablé.
Chaque élément de carrosserie est recouvert d’un primaire anti-rouille.
La caisse est reposée. Tout est contrôlé, vérifié, réparé ou remplacé au cours du remontage.
Après peinture de chacun des constituants (individuellement), remontage de la voiture.
Accessoirisation réaliste et fidèle à l’Histoire. Chaque détail est soigné ( tout est daté au maximum de 1942).
La Jeep est en constante évolution en fonction des trouvailles (amélioration et accessoirisation plus poussée avec le temps).
BEDFORD MWD de 1941 “Colonne Leclerc, Prise de Koufra”
Un peu d’histoire…
Ce petit véhicule anglais à vocation militaire dont la conception finale est atteinte en 1939, est le résultat d’une demande du War Office remontant à 1935. Durant ces 4 années, la Bedford Truck Division va peu à peu améliorer son prototype de base ; modification du châssis, des suspensions, pneus plus larges, élévation de la garde au sol, sur dimension du radiateur et du filtre à air…le tout imposé par le War Mechanisation Board.
Par la suite, le camion évoluera peu durant le reste du conflit mondial. Il servira de bête de somme dans toute l’armée britannique. Malgré une transmission en 4x2, il sera très apprécié sur tous les fronts, particulièrement au sud du bassin méditerranéen, jusqu’au confins du sahara.
Le Bedford MWD est l’équivalent anglais de Dodge WC 51 de l’armée Américaine.
Un petite page d’histoire :
Fin 1940, Leclerc et sa « colonne » (environ 400 hommes, habillés par les anglais mais conservant leur armement français et une partie de leur équipement) disposent d’un parc automobile des plus fatigués ; Camions Matford et Laffly ( S20T, S15T et R) , ambulance Austin ‚quelques break Matford, tous bien trop essoufflés pour mener à bien une offensive sur le Fort de Koufra .
Avec obstination et persévérance, Leclerc finit par obtenir de l’état major des FFL un lot de 26 Bedford flambants neufs prélevé à la 1ère Compagnie de train des FFL. C’est avec ces fraîches montures (les Bedford équiperont ses 2 pelotons de combat), sans équipement radio, que Leclerc va passer à l’attaque, qui se soldera par le succès que l’on connaît et l’énoncé du célèbre serment de Koufra . Par son sens stratégique et le courage de ses hommes, Leclerc parvient même à mettre en déroute la Saharianna Italienne, pourtant bien mieux armée et supérieure en nombre.
Plus tard, le Bedford , fiable et généreux, au moteur coupleux, restera le véhicule symbolique et favori des FFL , jusqu’à la fin de la campagne de Tunisie et les accords d’Anfa , début 43, date où il sera détrôné par l’arrivée du matériel américain. Le glas sonne pour le conflit en AFN, la 2e DB va naître : une autre page de l’histoire commence.
L’appel du sable
Passionné de véhicules militaires de la deuxième guerre mondiale, j’ai toujours été attiré par ceux ayant participés au conflit Nord-Africain. Vouant une réelle fascination pour ce milieu aussi beau qu’hostile, théâtre d’opération immense chargé d’impératifs, cet amour du désert m’a conduit à réaliser moi-même des raids trans-sahariens, partageant par là-même des sensations avec les combattants que je tente d’honorer aujourd’hui. J’avais restauré déjà depuis quelques années une jeep SAS dans le plus grand respect historique. Nous étions d’ailleurs, avec mon ami Jean Benotteau (VMM N° 15 de Juin/Juillet 2007) parmi les premiers à posséder respectivement un exemplaire de ce véhicule légendaire, bien avant que les SAS ne deviennent à la mode et que l’on voit fleurir çà et là des reproductions parfois très approximatives et indignes de ce nom.
La découverte
Tout en suivant les travaux de Jean B. sur son Chevrolet du LRDG bien connu aujourd’hui, je poursuivais mes investigations, car je désirais depuis longtemps honorer d’autres combattants oubliés du désert ; les troupes de la Colonne Leclerc, qui pour ainsi dire ne sont jamais représentées lors des commémorations. Après moult recherches, je découvrais enfin la perle rare: Un Bedford MWD de 1941 croupissant en Hollande, au fond d’un hangar. J’organisais l’expédition, louant une remorque aux dimensions adéquates pour pouvoir ramener l’engin, effectuant les préparatifs. Un grand merci aux amis qui me secondèrent dans ce voyage et me servirent tour à tour de guide et d’interprète, m’assistant lors des longues négociations et du rapatriement des plus aventureux.
Hiver 2005 ; le “bébé” arrive enfin dans les Pyrénées Orientales.
Des début prometteurs…
Pour commencer, un bilan approfondi permet d’affirmer que l’embrayage est collé, la pompe à essence, l’ensemble du système de freinage, maître-cylindre compris, sont hors d’usage, que l’électricité est à revoir sérieusement, la colonne de direction à changer. Par bonheur, le moteur s’avère en bonne état général, la boite de vitesse également, malgré une grille de sélection un peu fatiguée. Mais force est de constater que le véhicule est quasiment complet et relativement sain, détail primordial quand on connaît la difficulté de trouver des pièces de Bedford.
Les travaux mécaniques prendront de longs mois. Tout sera vérifié, contrôlé, réparé ou remplacé dans la mesure du possible : Batterie, faisceau et bougies, filtres, carburateur, pompe à essence, maître-cylindre et cylindres de roues, colonne et boîtier de direction, etc.…
L’approvisionnement en pièces neuves, dénichées de haute lutte en Angleterre, retardera quelque peu la restoration.
Au final, le véhicule fonctionne convenablement. Le 6 Cylindres en ligne émet un doux bruit, si caractéristique des moteurs anglais.
La partie carrosserie-peinture-accessoirisation va pouvoir enfin commencer.
La carrosserie s’avère propre dans l’ensemble, mise à part quelques zones habituelles (bas de caisse, ailes…). Les portes et le pare-brise sont proprement démontés. La caisse arrière, en bois, est impeccable. Toutes les ferrures sont présentes. A noter que le camion, dans son ensemble, comprend beaucoup d’éléments en bois.
L’ensemble du véhicule est démonté au maximum et poncé. Les parties sensibles sont sablées et traitées.
Parallèlement , les supports d’armes automatiques sont installés sur le véhicule, de même que les supports des plaques de désensablage.
L’électricité est ensuite terminée, les « ravissants » feux de remorque modernes seront bien sûr remplacés au remontage.
Les pneus military, secs et durs comme de la pierre, sont remplacés à grand peine par des profils très proches des pneus sable utilisés jadis.
Pour la peinture, la teinte d’origine est reproduite réellement à l’identique. C’est la couleur sable utilisée par les usine Bedford en 1941.(L’ancien propriétaire, décédé aujourd’hui, l’avait rapporté directement de la maison-mère voilà une quinzaine d’année ).
Chaque pièce est peinte séparément puis remontée. Une dernière couche finale est appliquée pour parfaire le résultat. La sellerie, présente mais délabrée, est refaite à l’identique par un sellier local.
Vient la phase tant attendue du remontage des derniers organes (optiques de phares, compteurs, volant…) et de l’accessoirisation !
Un soin particulier est apporté au réalisme du résultat.

Entre les 2 sièges avants, un compas aide à la navigation. Prélevé sur un bombardier Bristol Bleiheim, en service sur ce théâtre d’opération.

Un aperçu du désordre apparent qui règne à l’arrière. Deux passagers (les serveurs de la mitrailleuse) y trouvaient place.

Accrochée à l’arrière du véhicule, une gherba, outre en peau de chèvre ‚fournissait de l’eau fraiche à l’équipage.
Chaque accessoire présent sur le véhicule est authentique, daté au plus tard de 1941. Chaque sac, besace, gourde, bidon, porte-carte, tout doit correspondre, foi de collectionneur ! Pas de matériel hors sujet non plus ! Ainsi, aucun objet allemand ne figure dans le Bedford (Leclerc n’ayant rencontré l’Africakorp qu’ultérieurement), hormis les jerrycans, tous allemands, mais qui équipaient déjà les troupes italiennes (notamment les chars) , et sont les seuls disponibles sur le terrain au moment des faits ; les jerrycans anglais et américains n’apparaîtront qu’un peu plus tard sur ce théâtre d’opération. Par soucis de réalisme, les nourrices embarquées sont de 1938, 39, 41…et présentent des variances de teintes entre elles. (Prises de guerre).
Les plaques de désensablage anglaises sont fidèlement reproduites à l’identique (pliées, trouées, renforcées par lamelles rivetées, comme à l’origine, modèle à l’appui) . Pour le reste, le véhicule fourmille de matériel italo-anglo-français ; jumelles, gourdes, besaces, paquetages, un fût de 200 L et plusieurs de 50 L (dont certains sont datés 1930 !), caisses anglaises et italiennes…
L’armement est conforme aux nombreux témoignages photographiques et manuscrits. Les armes sont principalement françaises. C’est après la prise de Koufra que Leclerc récupérera bon nombre d’armes italiennes, mitrailleuses comprises, et que le commandement anglais reconnaîtra l’efficacité et le sérieux des troupes FFL, les aidant dès lors en armes, matériels et équipements à compter de cette brillante victoire.
Le Bedford possède une mitrailleuse Hotchkiss Mod. 1914 en caisse, dont les serveurs (tireur et pourvoyeur) ont tout juste la place d’évoluer dans le fourbis qui règne à l’arrière du camion. A l’avant gauche (le volant est à droite, rappelons le), sur affût, un F.M. 24.29 est fixé, ses multiples chargeurs au pied. En râtelier se trouve un Mas 36, splendide fusil pour l’époque, et derrière le chauffeur un Lee Enfield MKIII.
Le compas de navigation provenant d’un bombardier anglais Bristol Blenheim et daté 1940 trône entre les 2 sièges. Rien ne manque dans ce véhicule peu courant aujourd’hui, voir unique dans cette version. Malgré tout , je n’ai de cesse d’améliorer le résultat de ma restoration, comme cette gherba dénichée lors d’une de mes expéditions Libyennes en 2007 près de Koufra justement. Mais quelle récompense et quelle fierté que le résultat et les compliments notamment de vétérans du Mémorial Leclerc de Paris.
Toujours des projets…
Il aura fallu 18 mois pour terminer l’engin. La chose à été relativement rapide, comparativement à d’autres restauration, grâce à l’aide de quelques copains de MVCG Languedoc Roussillon, je pense principalement à Claude pour la mécanique et Francis pour le rapatriement. La collecte d’accessoires d’origine démarrée bien avant le début des travaux, a facilité et activé l’équipement général du véhicule. La belle couleur sable de ce petit camion et la profusion des équipements attirent toujours l’attention des badauds et des photographes, pour mon plus grand plaisir , heureux de remplir mon devoir de mémoire vis à vis des premiers hommes de la Colonne Leclerc. Mes projets ? Après la Jeep des SAS et le Bedford des FFL, le LRDG m’attire terriblement… à moins qu’un Bren Carrier de Bir Hakeim ne croise ma route auparavant !
FICHE TECHNIQUE Bedford MWD
| Conduite à droite | |
| Poids à Vide | 2145 Kg |
| Poids en Charge | 3506 Kg |
| Longueur | 4,37 m |
| Largeur | 1,98 m |
| Garde au Sol | 0,23 m |
| Empattement | 2,51 m |
| Transmission | 4x2 |
| Boite de Vitesse | 4 Av. + 1 Ar. |
| Suspension | Par axe rigide et lames semi-elliptique |
| Electricité | 12 Volts |
| Freinage | Hydraulique |
| Pneus | 900 x 16 |
| Vitesse maximum | 96 km/h |
| Consommation | 28 l/100 km |
| Moteur: | |
| Marque | Bedford |
| Cylindrée | 3519 cm3 |
| Nombre | 6 , en ligne |
| Soupapes | en têtes |
| Refroidissement | Par eau |
| Puissance | 72 Ch à 3000 t/min |
| Carburant | Essence |
| Réservoir | 90 L (2 réservoirs de 45 L) |
| Production | 66 000 exemplaires |
LA GENESE
Au commencement étaient les patrouilles automobiles légères. Entre 1915 et 1917, lors du conflit contre les Senoussis, l’Angleterre, pour défendre l’Egypte (Dominion Britannique) contre les rebelles, expédie cavaliers et troupes motorisées. Ces patrouilles automobiles légères sont équipées de Ford T, armées de mitrailleuses et munies de bidons d’eau, d’essence, et d’un compas solaire sommaire. Ainsi sont jetés les premières bases d’un combat motorisé en milieu désertique.
Les Senoussis sont chassées d’Egypte en 1917.
MAJOR RALPH BAGNOLD
En 1925, le Major Ralph BAGNOLD rassemble autour de lui un groupe de passionnés de circuits en zones désertiques d’une trentaine de personnes. Constitué de civils et de militaires, en poste au Caire, ils se retrouvent le week-end en famille lors de balades à titre privé (20 livres par participant) qui débouchent finalement sur de véritables missions d’exploration. Les itinéraires, de plus en plus long, parfois supérieurs à 8000 miles, donnent lieu à un travail de cartographie détaillée, effectué par quelques spécialistes de l’équipe (dont Pat CLAYTON, entre autre, du service topographique d’Egypte). Ils utilisent des Ford T, appréciées pour leur légèreté, leur robustesse, et leurs roues parmi les plus larges pour l’époque (8 cm !).
En 1929, après avoir ouvert de nombreuses voies au Sinaï et en Libye, ce groupe de passionnés ouvre le passage de l’extrémité Nord de la Mer de Sable. Au cours de ce raid, de nombreux points d’eau, seulement connus des nomades, sont relevés avec précision.
En 1935, la célèbre “Royal Geographic Society” s’intéresse de près aux travaux de l’équipe Bagnols, ainsi qu’aux améliorations apportées au compas solaire, aux capacités de franchissement et d’autonomie des véhicules, au refroidissement…
CREATION DU LRDG
En 1940, l’expansion coloniale de l’Italie fasciste représente un réel danger pour l’Angleterre, qui n’a alors guère de forces à lui opposer. Le Général Wavell, Commandant en Chef, mandate le Major Bagnold pour créer, en 6 semaines, le LRPU (Long Range Patrol Unit), plus tard rebaptisé LRDG (Long Range Desert Group). Cette unité, directement inspirée des patrouilles automobiles légères de la grande guerre, est constituée du noyau d’explorateurs remarqué par la Royal Geographic Society. Pour le reste de la troupe, préférence est portée sur les Néo-zélandais, réputés pour le robustesse, débrouillardise et indépendance. Par la suite, Ecossais, Rhodésiens et anglais enrichiront leurs rangs.
Les débuts sont épiques: Théodolites, compas solaires, tables de logarithmes et jumelles sont fournies ou “empruntées” à divers organismes ou administrations locales. Les véhicules, provenant de l’armée Egyptienne, sont des Ford Pick Up V8 15 cwt (pricipalement pour les officiers, en voiture pilote), des Chevrolet WB 30 cwt (4x2) pour le gros de la troupe, et des Marmon-Herrington 6T. (qui assurent la logistique).Tous sont modifiés et préparés comme suit:
Allégés: Suppression des portes, cabines, arceaux et capotage. (Non seulement pour le gain de poids, mais par soucis de discrétion — Réverbération, hauteur de la silhouette…)
Equipés: Installation d’un gros vase d’expansion, de tapis et de plaques de désensablage, de bidons supplémentaires, de pneus spéciaux basse pression, poste radio…
Camouflés: repeint en divers nuances de jaune sable, allant jusqu’au rose pâle, souvent zébré de grandes tâches brunes. Plus tard, le camouflage dépendra des thêatres d’opération où il évolueront.
Armés: Fixation d’affût pour armes automatiques (F.M. Lewis, Fusil anti tank Boys, Mitrailleuse Vickers) , quelques canons bofor 37 mm montés sur chevrolet, et quelques mortiers de 2 pouces.
Début 1941, 6 patrouilles (portant les noms de “T” Patrol, W, R, G, S, Y et composées chacunes de 30 hommes au départ, 15 par la suite) arpentent le désert. Elles vont devenir les yeux et les oreilles de l’Armée Britannique en Afrique du Nord, loin derrière les lignes ennemies.
MISSION
Les premières sorties du LRDG ont pour objectif des missions de reconnaissance (Uweinat, Aïn Dua) au cours desquelles sont établies des points de rencontre et stockage d’eau et d’essence destinés à accroître le rayon d’action des patrouilles.
La vocation du LRDG est le renseignement, l’ouverture de pistes, la reconnaissance du terrain, la création de cachettes d’approvisionnement,l’observation des concentrations et mouvements ennemis, parfois en interrogeant des prisonniers Allemands, Italiens ou Askaris, et la population locale (pour ce faire, chaque patrouille compte dans ses rangs d’excellents interprètes, qui garantissent des interrogatoires sans faille par des traductions de qualité).
D’autres rôles leurs seront affectés, comme la récupération de pilotes et d’équipages dont les avions ont étés abattus en zone ennemie, ou l’instruction à la navigation et à la conduite en milieu désertique pour des armées alliées alors peu aguerries en de telles conditions de combat (Les FFL-Colonne Leclerc, les SAS, l’armée de Popski).
Une fois “rodés”, les scorpions du désert comme on les appelle (ils inspireront plus tard Hugo PRATT) vont entamer une série d’action combinées avec les FFL, contre des points stratégiques Italiens. ainsi le raid sur Mourzouk (début 1941), préparé minutieusement par le Major Bagnold et le Lt Colonel Colonna d’Ornano des français libres (ce dernier trouvera hélas la mort lors de l’attaque du Fort).De son coté, Leclerc et sa colonne attaque simultanément la Forteresse de Koufra, d’où il prononce après la victoire son célèbre serment.
Mais revenons à nos scorpions. Si les coups de main et les féroces et incontournables accrochages avec l’ennemi font partie intégrante de leur action, la mission de renseignement reste prépondérante, et nécessite par là même une discrétion absolue et l’évitement au maximum de combat (dans la mesure du possible) qui dénoncerait leur présence sur le terrain. Ce rôle offensif est joué par le SAS (Special Air Service), corps combattant indépendant mais combien complémentaire. Les SAS, commando parachutiste composé d’anglais et de français libre, vont mener des actions de sabotage, destruction, élimination de tout ce qui peut affaiblir l’ennemi (dépôt d’armes, de munitions, de vivres, d’eau, communications, convois, aéroports…). Leur destin sera lié au LRDG, de leur création en 41 jusqu’à mi-42; Les scorpions du désert les amèneront sur leurs objectifs et reviendront les chercher, leur mission accomplie. (Les SAS surnommeront le LRDG: “Service de Taxi du Désert Libyen” !). Après Juin 42, les SAS vont percevoir leurs premières Jeeps américaines , qu’ils vont modifier et sur-armer à loisir, rendant leurs raids plus destructeurs encore. A compter de cet instant, ces commandos seront plus indépendants, et s’éloigneront quelque peu du LRDG, tout en restant en étroite collaboration.
Plus tard, le LRDG touchera également une petite quantité de Jeeps, qu’il équipera un peu différemment, ses besoins n’étant pas exactement les mêmes (moins d’autonomie et d’armement à bord, notamment).
CONCLUSION
Le LRDG détient l’esprit du raideur saharien.Organisé à partir d’une bande de passionnés, on leur doit bon nombre de nos équipements et de principe de base dans la préparation de nos véhicules, provenant de leur expérience et de leur vécu. Avec un amour vrai et une réelle connaissance du désert, une foi inébranlable, un système D à toute épreuve, ces as de la navigation nous démontrent ce qu’est un véritable saharien. Aujourd’hui, chaque fois que je prépare ou effectue un raid, je ne puis m’empêcher de penser, avec une profonde humilité, à ces pionniers du genre qui nous ont tant appris. Chapeau bas les gars! Aux plus critiques, je répondrai qu’il faut reconnaître que la marginalité de certains britanniques a donner d’excellents résultats, dont les épopées hantent encore les esprits: Lawrence d’Arabie, Orde Charles Wingates qui créa les Chindits, Bagnols le LRDG, David Stirling les SAS…
Quelques précisions, pour les plus interessés:
NAVIGATION:
Dans les rangs du LRDG se trouvaient d’excellents navigateurs, éléments vitaux en milieu hostile.
A titre individuel, tous percevaient une boussole, véritable petit compas de relevé.
de nuit, ils navigaient à l’aide des étoiles, et utilisaient un théodolite.
De jour, à l’aide du soleil ( “à l’oreille du chameau”) et d’un compas solaire de Type Bagnold, de tables de logarithmes, le tout avec une précision qui ferait pâlir nos GPS actuels (Respect…).
FRANCHISSEMENT:
Les véhicules étaient quasiment tous en 4x2 (Ford P.U. V8 comme Chevrolet WA et WB), certes avec des moteurs très coupleux, mais tout de même…
Seuls certains poids lourds d’approvisionnement (Heavy Section) furent par la suite en 4x4. Pour avoir utilisé leur type d’engins, poids lourds compris, je peux vous dire qu’il fallait être gonflé et sacrément talentueux (y’avait pas mieux à l’époque, c’est vrai) pour partir avec çà dans le sable… (Re-respect !)
QUELQUES POINTS STRATEGIQUES…
Pour mener à bien leur action, le Long Range Desert Group avait besoin de point de ravitaillement, de repos, de cachettes et départs en mission. Parmi les plus connus de leurs bases, on peut citer:
Oasis de Jalo
Oasis de Siwa
Oasis de Koufra (prise par Leclerc et laissée au LRDG)
Le Caire
…
ORGANISATION:
Chaque patrouille était composée de 15 hommes(30 au commencement), dont 4 spécialistes:
1 Radio (sur poste Army Wereless N°11)
1 Navigateur
1 Mécanicien
1 Infirmier
Le reste étant les chauffeurs et les mitrailleurs.
Chaque spécialiste devait être capable non seulement de travailler dans les pires conditions, mais en plus de savoir entretenir et réparer son matériel coûte que coûte.
L’ensemble de la patrouille devait avoir des bases solides dans chaque domaine, de façon à être interchangeable à tout moment en cas de besoin.Leur survie était en grande partie tributaire du véhicule; toute nouvelle recrue recevait une sérieuse formation de mécanique, entretien et réparation, avec les moyens du bord, c’est à dire pas grand chose…
Il en était de même pour les trois autres postes vitaux.
Il est interessant de constater qu’encore aujourd’hui, il est fort rassurant de partir en raid avec dans le groupe de bons postes radio, un cador en navigation , un bon mécano et une (jolie) infirmère.
LES VEHICULES:
Si le Chevrolet WB Chevy 30 cwt –succédé par le Chevrolet WA 30 cwt– furent les véhicules les plus utilisés, d’autres furent employés dans une moindre mesure comme le Ford F30 (et son homologue C30) qui équipa certaines patrouilles (S1 et S2). Ces camions présentaient l’avantage d’être 4x4. Le Ford Pick Up V8 15 cwt, et même exceptionnellement le Ford F8 (Chevrolet C8) furent utilisés comme voiture pilote.
Il ne faut pas oublier les valeureuses “Heavy Section”, sections lourdes du LRDG qui pourvoyaient les bases et les points de ravitaillement en carburant, eau et vivres. Ces convois n’étaient pas moins méritant, car déplacer plusieurs poids lourds chargés, en temps de guerre et à l ‘arrière des lignes ennemies, dans des conditions désertiques tient du miracle ! D’autant plus que les premiers modèles utilisés n’étaient pas en 4x4: Bedford OY “3 tonnes”, Marmon-Herrington 6 tonnes… Avec l’apparition de nouveaux modèles (et surtout la possibilité de les obtenir!), notamment à partir de 1942, les “Heavy Section” se servirent de camions à transmission intégrale, comme le Ford F60 et Chevrolet C60, le Mack NR4 et NR9, et même le White 10 tonnes !
Cependant, il faut toujours garder à l’esprit le coté opportuniste du LRDG. C’est pourquoi sur certaines photos, on peut observer exceptionnellement d’autres véhicules, jusque des camions Italiens de prise (Lancia 3Ro 6T).
CAMOUFLAGE:
Il semblerait que les chevrolets aient été livrés dans des teintes “standard” dont la dénomination anglaise est “Pierre Claire 61″. Cependant, un camouflage maison pouvait être réalisé sur place, selon les théâtres d’opération avec des apports de brun, de rose,de gris, de bleu. Souvent issues de récupérations de peintures d’avions ou bateaux, elles pouvaient avoir aussi une origine locale, non répertoriée dans les services de l’armée, ce qui rend difficile une parfaite authentification des couleurs pour la reconstitution.
Au Caire, on repeignait en atelier les engins qu’on recevait Kaki, comme les véhicules américains et nombre de blindés anglais, qui arrivaient O.D. ou équivallent. Quoi qu’en disent certains, la plupart des camions anglais arrivaient en Afrique déjà couleur sable, comme les Bedfords, Chevrolets Canada, Morris Commerciaux…(On retrouve d’ailleurs des teintes usine chez Bedford en angleterre, et similairement chez Chevrolet et Morris).Chaque usine avait sa propre teinte, répondant au cahier des charges britannique, et si on tient compte en plus de l’altération due au soleil, cela donne au final un large nuancier.
LE CHEVROLET WB Chevy 30 cwt
Même si le LRDG a utilisé au cours de sa campagne AFN (1940/43) divers véhicules, son cheval de bataille le plus emblêmatique fut certainement le Chevrolet WB, plus tard remplacé par le WA 30 cwt (à partir de Mars 1942). D’origine civil et puis en service dans l’armée égyptienne, il fut le plus adéquat. Robuste et fiable, au moteur coupleux, aux honnêtes capacités de franchissement, de bonnes dimensions (1500 kg de C.U.) pour transporter radio, vivres et équipements, ce Pick Up, après modification, correspondait idéalement à leurs besoins. Certes, il aurait été en 4x4, c’eut été parfait, mais la jeep n’était pas encore née… Dans la mesure du possible, les dirigeants cherchèrent à uniformiser au maximum le parc automobile pour des raisons évidentes de facilité et simplicité de réparation et d’entretien.
N’oublions pas qu’ils évoluaient très loin du front européen, et qu’en ces temps là les approvisionnements étaient plus qu’aléatoires.
LE CHEVROLET WA 30 cwt
Moteur: 6 Cyl. de 80 HP
B.V. 4 Vitesses AV + 1 Ar
Roues: 10.5 x 16
Transmission: 4x2
C.U. 1500 kg (correspondant à 30 cwt)
Poids: 2960 kg
Carburant: Essence (120 gallons = 545 litres embarqués )
HERITAGE:
Nous leur devons bien des choses, plus ou moins connues, dont il est juste de leur rendre grâce:
– Un nombre incalculable de cartes, relevés, tracés …
– Des passages ouverts par eux, principalement en Egypte et Libye. L’extrémité Nord de la grande Mer de Sable, la Dépression de Qattara…
– De très notables améliorations du vase d’expansion, du compas solaire (Bagnold en créera un spécialement pour ses troupes, réputé extrêmement précis).
– La conception de pneus basse pression, à large bande de roulement et forte surface portante, au dessin adapté au sable.
– Les plaques de désensablage: à l’origine, Bagnold, pour franchir les petits canaux d’irrigation dans les oasis, s’inspira des passerelles disposées par les indigènes à cet effet. Il en construisit en tôle perforée, en forme de goutière et renforcées de quelques fers plats. Il s’aperçut par la suite du grand intérêt de ces plaques pour se sortir du sable mou. Après quelques modifications, il arriva à un modèle final dont les américains s’inspirèrent à leur tour pour réaliser leur plaque PSP qui recouvreront notamment les piste d’atterissage pour les avions de combat.Toujours en tôle, moins nervurées que celles de Bagnold, ces plaques américaines sont connues de tous et équipent encore bon nombre de 4x4 de raids actuels! A noter que le fer qui les constituait fût remplacé par de l’aluminium — la bonne idée — pour un gain de poids non négligeable. Dans tous les cas, on remercie Bagnold pour ses plaques. On a guère fait mieux depuis.
rendons à César ce qui lui appartient, et n’oublions pas les riches enseignements transmis sur des valeurs comme le gain de poids, les principes d’alimentation et de navigation en milieu désertique, divers préparations et aménagements. Quand on regarde de près un des véhicules du LRDG, on se rend compte que nos 4x4 d’aujourd’hui sont équipés de la même façon; plaques sur les cotés, pelles accessibles, outils de navigation proche du chauffeur, 2 roues de secours, accessibilité des éléments vitaux, pièces de rechange, réserves d’eau et d’essence supplémentaires, moyens de communication, d’orientation… Bref, rien de bien différent, quoique, petits détails, 70 ans nous séparent, et qu’en 1940, le Sahara Egypto-libyen n’était même pas représenté sur les cartes!
























