Restauration: BEDFORD MWD de 1941

By Manon Tourreilles on 6 mars 2010 in Non classé

BEDFORD MWD de 1941  “Colonne Leclerc, Prise de Koufra”

Un peu d’histoire…

Un Bed­ford d’une com­pag­nie de Décou­verte et de Combat

Ce petit véhicule anglais à voca­tion mil­i­taire dont la con­cep­tion finale est atteinte en 1939, est le résul­tat d’une demande du War Office remon­tant à 1935. Durant ces 4 années, la Bed­ford Truck Divi­sion  va peu à peu améliorer son pro­to­type de base ; mod­i­fi­ca­tion du châs­sis,  des sus­pen­sions, pneus plus larges, éléva­tion de la garde au sol, sur dimen­sion du radi­a­teur et du fil­tre à air…le tout imposé par le War  Mech­a­ni­sa­tion Board.
Par la suite, le camion évoluera peu durant le reste du con­flit mon­dial. Il servira de bête de somme dans toute l’armée bri­tan­nique. Mal­gré une trans­mis­sion en 4x2, il sera très appré­cié sur tous les fronts, par­ti­c­ulière­ment au sud du bassin méditer­ranéen, jusqu’au con­fins du sahara.
Le Bed­ford MWD est l’équivalent anglais de Dodge WC 51 de l’armée Améri­caine.
Un petite page d’histoire :
Fin 1940, Leclerc et sa « colonne » (env­i­ron 400 hommes, habil­lés par les anglais mais con­ser­vant leur arme­ment français et une par­tie de leur équipement) dis­posent d’un parc auto­mo­bile des plus fatigués ; Camions Mat­ford et Laffly ( S20T, S15T et R) , ambu­lance Austin ‚quelques break Mat­ford, tous bien trop essouf­flés pour mener à bien une offen­sive sur le Fort de Koufra .
Avec obsti­na­tion et per­sévérance, Leclerc finit par obtenir de l’état major  des FFL un lot de 26 Bed­ford flam­bants neufs prélevé à la 1ère Com­pag­nie de train  des FFL. C’est avec ces fraîches mon­tures (les Bed­ford équiper­ont ses 2 pelo­tons de com­bat), sans équipement radio, que Leclerc va passer à l’attaque, qui se sol­dera par le suc­cès que l’on con­naît et l’énoncé du célèbre ser­ment de Koufra . Par son sens stratégique et le courage de ses hommes, Leclerc parvient même à met­tre en déroute la Sahar­i­anna Ital­i­enne, pour­tant bien mieux armée et supérieure en nom­bre.
Plus tard, le Bed­ford , fiable et généreux, au moteur cou­pleux,  restera le véhicule sym­bol­ique et favori des FFL , jusqu’à la fin de la cam­pagne de Tunisie et les accords d’Anfa  , début 43,  date où il sera détrôné par l’arrivée du matériel améri­cain. Le glas sonne pour le con­flit en AFN, la 2e DB va naître : une autre page de l’histoire commence.

L’appel du sable

Pas­sionné de véhicules mil­i­taires de la deux­ième guerre mon­di­ale, j’ai tou­jours été attiré par  ceux ayant par­ticipés au con­flit Nord-Africain. Vouant une réelle fas­ci­na­tion  pour ce milieu aussi beau qu’hostile, théâtre d’opération immense chargé d’impératifs, cet amour  du désert m’a con­duit à réaliser moi-même des raids trans-sahariens, partageant par là-même des sen­sa­tions avec les com­bat­tants que je tente d’honorer aujourd’hui. J’avais restauré déjà depuis quelques années  une jeep SAS dans le plus grand respect his­torique. Nous étions d’ailleurs, avec mon ami Jean Benot­teau (VMM N° 15 de Juin/Juillet 2007) parmi les pre­miers à  pos­séder respec­tive­ment un exem­plaire de ce véhicule légendaire, bien avant que les SAS ne devi­en­nent à la mode et que l’on voit fleurir çà et là des repro­duc­tions par­fois très approx­i­ma­tives et indignes de ce nom.

La décou­verte

Tout en suiv­ant les travaux de Jean B. sur  son Chevro­let du LRDG bien connu aujourd’hui,  je pour­suiv­ais mes inves­ti­ga­tions, car je désir­ais depuis longtemps hon­orer d’autres com­bat­tants oubliés du désert ; les troupes de la Colonne Leclerc, qui pour ainsi dire ne sont jamais représen­tées lors des com­mé­mora­tions. Après moult recherches, je décou­vrais enfin la perle rare: Un Bed­ford MWD de 1941 croupis­sant en Hol­lande, au fond d’un hangar. J’organisais l’expédition, louant une remorque aux dimen­sions adéquates pour pou­voir ramener l’engin, effec­tu­ant les pré­parat­ifs. Un grand merci aux amis qui me sec­ondèrent  dans ce voy­age et  me  servirent tour à tour  de guide et d’interprète, m’assistant lors des  longues négo­ci­a­tions et du rap­a­triement des plus aven­tureux.
Hiver 2005 ; le “bébé” arrive enfin dans les Pyrénées Orientales.

Des début prometteurs…

Le véhicule com­mence à être peu à peu désossé avant peinture

Pour com­mencer, un bilan appro­fondi per­met d’affirmer que l’embrayage est collé, la pompe à essence, l’ensemble du sys­tème de freinage, maître-cylindre com­pris, sont hors d’usage, que l’électricité est à revoir sérieuse­ment, la colonne de direc­tion à changer. Par bon­heur, le moteur s’avère en bonne état général, la boite de vitesse égale­ment, mal­gré une grille de sélec­tion un peu fatiguée. Mais force est de con­stater que le véhicule est qua­si­ment com­plet et rel­a­tive­ment sain, détail pri­mor­dial quand on con­naît la dif­fi­culté de trou­ver des pièces de Bed­ford.
Les travaux mécaniques pren­dront de longs mois. Tout sera véri­fié, con­trôlé, réparé ou rem­placé dans la mesure du pos­si­ble : Bat­terie, fais­ceau et bou­gies, fil­tres, car­bu­ra­teur, pompe à essence, maître-cylindre et cylin­dres de roues, colonne et boîtier de direc­tion, etc.…
L’approvisionnement en pièces neuves, dénichées de haute lutte en Angleterre, retardera quelque peu la restora­tion.
Au final, le véhicule fonc­tionne con­ven­able­ment. Le 6 Cylin­dres en ligne émet un doux bruit, si car­ac­téris­tique des moteurs anglais.

La par­tie carrosserie-peinture-accessoirisation va pou­voir enfin com­mencer.
La car­rosserie s’avère pro­pre dans l’ensemble, mise à part quelques zones habituelles (bas de caisse, ailes…). Les portes et le pare-brise sont pro­pre­ment démon­tés. La caisse arrière, en bois, est impec­ca­ble. Toutes les fer­rures sont présentes. A noter que le camion, dans son ensem­ble, com­prend beau­coup d’éléments en bois.
L’ensemble du véhicule est démonté au max­i­mum et poncé. Les par­ties sen­si­bles sont sablées et traitées.
Par­al­lèle­ment , les sup­ports d’armes automa­tiques sont instal­lés sur le véhicule, de même que les sup­ports des plaques de désens­ablage.
L’électricité est ensuite ter­minée, les « ravis­sants »  feux de remorque mod­ernes seront bien sûr rem­placés au remon­tage.
Les pneus mil­i­tary, secs et durs comme de la pierre, sont rem­placés à grand peine par des pro­fils très proches des pneus sable util­isés jadis.
Pour la pein­ture, la teinte d’origine est repro­duite réelle­ment à l’identique. C’est la couleur sable util­isée par les usine Bed­ford en 1941.(L’ancien pro­prié­taire, décédé aujourd’hui, l’avait rap­porté directe­ment de la maison-mère voilà une quin­zaine d’année ).
Chaque pièce est peinte séparé­ment puis remon­tée. Une dernière couche finale est appliquée pour par­faire le résul­tat. La sel­l­erie, présente mais délabrée, est refaite à l’identique par un sel­l­ier local.
Vient la phase tant atten­due du remon­tage des derniers organes (optiques de phares, comp­teurs, volant…) et de l’accessoirisation !

Un soin par­ti­c­ulier est apporté au réal­isme du résultat.

Entre les 2 sièges avants, un com­pas aide à la nav­i­ga­tion. Prélevé sur un bom­bardier Bris­tol Blei­heim, en ser­vice sur ce théâtre d’opération.

Un aperçu du désor­dre appar­ent qui règne à l’arrière. Deux pas­sagers (les serveurs de la mitrailleuse) y trou­vaient place.

Accrochée à l’arrière du véhicule, une gherba, outre en peau de chèvre ‚four­nis­sait de l’eau fraiche à l’équipage.

Chaque acces­soire présent sur le véhicule est authen­tique, daté au plus tard de 1941. Chaque sac, besace, gourde, bidon, porte-carte,  tout doit cor­re­spon­dre, foi de col­lec­tion­neur ! Pas de matériel hors sujet non plus ! Ainsi, aucun objet alle­mand ne fig­ure dans le Bed­ford (Leclerc n’ayant ren­con­tré l’Africakorp qu’ultérieurement), hormis les jer­rycans, tous alle­mands, mais qui équipaient déjà les troupes ital­i­ennes (notam­ment les chars) , et sont les  seuls disponibles sur le ter­rain au moment des faits ; les jer­rycans anglais et améri­cains n’apparaîtront qu’un peu plus tard sur ce théâtre d’opération. Par  soucis de réal­isme, les nour­rices embar­quées sont de 1938, 39, 41…et présen­tent des vari­ances de teintes entre elles. (Prises de guerre).
Les plaques de désens­ablage anglaises sont fidèle­ment repro­duites à l’identique (pliées, trouées, ren­for­cées par lamelles riv­etées, comme à l’origine, mod­èle à l’appui) . Pour le reste, le véhicule four­mille de matériel italo-anglo-français ; jumelles, gour­des, besaces, paque­tages, un fût de 200 L et plusieurs de 50 L (dont cer­tains sont datés 1930 !), caisses anglaises et ital­i­ennes…
L’armement est con­forme  aux nom­breux  témoignages pho­tographiques et man­u­scrits. Les armes sont prin­ci­pale­ment françaises. C’est après la prise de Koufra que Leclerc récupér­era bon nom­bre d’armes ital­i­ennes, mitrailleuses com­prises, et que le com­man­de­ment anglais recon­naî­tra l’efficacité et le sérieux des troupes FFL, les aidant dès lors en armes, matériels et équipements à compter de cette bril­lante vic­toire.
Le Bed­ford pos­sède une mitrailleuse Hotchkiss Mod. 1914 en caisse, dont les serveurs (tireur et pour­voyeur) ont tout juste la place d’évoluer dans le four­bis qui règne à l’arrière du camion. A l’avant gauche (le volant est à droite, rap­pelons le), sur affût, un F.M. 24.29 est fixé, ses mul­ti­ples chargeurs au pied. En râte­lier se trouve un Mas 36, splen­dide fusil pour l’époque, et der­rière le chauf­feur un Lee Enfield MKIII.
Le com­pas de nav­i­ga­tion provenant d’un bom­bardier anglais Bris­tol Blenheim et daté 1940 trône entre les 2 sièges. Rien ne manque dans ce véhicule peu courant aujourd’hui, voir unique dans cette ver­sion. Mal­gré tout , je n’ai de cesse d’améliorer le résul­tat de ma restora­tion, comme cette gherba dénichée lors d’une de mes expédi­tions Libyennes en 2007 près de Koufra juste­ment. Mais quelle récom­pense et quelle fierté que le résul­tat et les com­pli­ments notam­ment de vétérans du Mémo­r­ial Leclerc de Paris.

Tou­jours des pro­jets…
Il aura fallu 18 mois pour ter­miner l’engin. La chose à été rel­a­tive­ment rapide, com­par­a­tive­ment à d’autres restau­ra­tion, grâce à l’aide de quelques copains de MVCG Langue­doc Rous­sil­lon, je pense prin­ci­pale­ment à Claude pour la mécanique et Fran­cis pour le rap­a­triement. La col­lecte d’accessoires d’origine démar­rée bien avant le début des travaux, a facil­ité et activé l’équipement général du véhicule. La belle couleur sable  de ce petit camion et la pro­fu­sion des équipements attirent tou­jours l’attention des badauds et des pho­tographes, pour mon plus grand plaisir , heureux de rem­plir mon devoir de mémoire vis à vis des pre­miers hommes de la  Colonne Leclerc. Mes pro­jets ? Après la Jeep des SAS et le Bed­ford des FFL, le LRDG m’attire ter­ri­ble­ment… à moins qu’un Bren Car­rier de Bir Hakeim ne croise ma route auparavant !

Les petits pare-brises sont rabat­ta­bles. Une housse les pro­tège et évite toute réver­béra­tion qui trahi­rait la sit­u­a­tion du véhicule auprès de l’ennemi

Le Bed­ford est presque ter­miné. Quelques acces­soires sup­plé­men­taire­spren­dront place,au gré de leur découverte.

FICHE TECHNIQUE   Bed­ford MWD

Con­duite à droite
Poids à Vide 2145 Kg
Poids en Charge 3506 Kg
Longueur 4,37  m
Largeur 1,98  m
Garde au Sol 0,23  m
Empat­te­ment 2,51  m
Trans­mis­sion 4x2
Boite de Vitesse 4 Av. + 1 Ar.
Sus­pen­sion Par axe rigide et lames semi-elliptique
Elec­tric­ité 12 Volts
Freinage Hydraulique
Pneus 900 x 16
Vitesse max­i­mum 96  km/h
Con­som­ma­tion 28 l/100 km
Moteur:
Mar­que Bed­ford
Cylin­drée 3519 cm3
Nom­bre 6 , en ligne
Soupa­pes en têtes
Refroidisse­ment Par eau
Puis­sance 72 Ch à 3000 t/min
Car­bu­rant Essence
Réser­voir 90 L (2 réser­voirs de 45 L)
Pro­duc­tion 66 000 exemplaires

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