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BED­FORD MWD de 1941 “Colonne Leclerc, Prise de Koufra”

Un peu d’histoire…

Un Bed­ford d’une com­pa­gnie de Décou­verte et de Combat

Ce petit véhi­cule anglais à voca­tion mili­taire dont la concep­tion finale est atteinte en 1939, est le résul­tat d’une demande du War Office remon­tant à 1935. Durant ces 4 années, la Bed­ford Truck Divi­sion va peu à peu amé­lio­rer son pro­to­type de base ; modi­fi­ca­tion du châs­sis, des sus­pen­sions, pneus plus larges, éléva­tion de la garde au sol, sur dimen­sion du radia­teur et du filtre à air…le tout imposé par le War Mecha­ni­sa­tion Board.
Par la suite, le camion évoluera peu durant le reste du conflit mon­dial. Il ser­vira de bête de somme dans toute l’armée bri­tan­nique. Mal­gré une trans­mis­sion en 4×2, il sera très appré­cié sur tous les fronts, par­ti­cu­liè­re­ment au sud du bas­sin médi­ter­ra­néen, jusqu’au confins du sahara.
Le Bed­ford MWD est l’équivalent anglais de Dodge WC 51 de l’armée Amé­ri­caine.
Un petite page d’histoire :
Fin 1940, Leclerc et sa « colonne » (envi­ron 400 hommes, habillés par les anglais mais conser­vant leur arme­ment fran­çais et une par­tie de leur équi­pe­ment) dis­posent d’un parc auto­mo­bile des plus fati­gués ; Camions Mat­ford et Laf­fly ( S20T, S15T et R) , ambu­lance Aus­tin ‚quelques break Mat­ford, tous bien trop essouf­flés pour mener à bien une offen­sive sur le Fort de Kou­fra .
Avec obs­ti­na­tion et per­sé­vé­rance, Leclerc finit par obte­nir de l’état major des FFL un lot de 26 Bed­ford flam­bants neufs pré­levé à la 1ère Com­pa­gnie de train des FFL. C’est avec ces fraîches mon­tures (les Bed­ford équi­pe­ront ses 2 pelo­tons de com­bat), sans équi­pe­ment radio, que Leclerc va pas­ser à l’attaque, qui se sol­dera par le suc­cès que l’on connaît et l’énoncé du célèbre ser­ment de Kou­fra . Par son sens stra­té­gique et le cou­rage de ses hommes, Leclerc par­vient même à mettre en déroute la Saha­rianna Ita­lienne, pour­tant bien mieux armée et supé­rieure en nombre.
Plus tard, le Bed­ford , fiable et géné­reux, au moteur cou­pleux, res­tera le véhi­cule sym­bo­lique et favori des FFL , jusqu’à la fin de la cam­pagne de Tuni­sie et les accords d’Anfa , début 43, date où il sera détrôné par l’arrivée du maté­riel amé­ri­cain. Le glas sonne pour le conflit en AFN, la 2e DB va naître : une autre page de l’histoire commence.

L’appel du sable

Pas­sionné de véhi­cules mili­taires de la deuxième guerre mon­diale, j’ai tou­jours été attiré par ceux ayant par­ti­ci­pés au conflit Nord-Africain. Vouant une réelle fas­ci­na­tion pour ce milieu aussi beau qu’hostile, théâtre d’opération immense chargé d’impératifs, cet amour du désert m’a conduit à réa­li­ser moi-même des raids trans-sahariens, par­ta­geant par là-même des sen­sa­tions avec les com­bat­tants que je tente d’honorer aujourd’hui. J’avais res­tauré déjà depuis quelques années une jeep SAS dans le plus grand res­pect his­to­rique. Nous étions d’ailleurs, avec mon ami Jean Benot­teau (VMM N° 15 de Juin/Juillet 2007) parmi les pre­miers à pos­sé­der res­pec­ti­ve­ment un exem­plaire de ce véhi­cule légen­daire, bien avant que les SAS ne deviennent à la mode et que l’on voit fleu­rir çà et là des repro­duc­tions par­fois très approxi­ma­tives et indignes de ce nom.

La décou­verte

Tout en sui­vant les tra­vaux de Jean B. sur son Che­vro­let du LRDG bien connu aujourd’hui, je pour­sui­vais mes inves­ti­ga­tions, car je dési­rais depuis long­temps hono­rer d’autres com­bat­tants oubliés du désert ; les troupes de la Colonne Leclerc, qui pour ainsi dire ne sont jamais repré­sen­tées lors des com­mé­mo­ra­tions. Après moult recherches, je décou­vrais enfin la perle rare: Un Bed­ford MWD de 1941 crou­pis­sant en Hol­lande, au fond d’un han­gar. J’organisais l’expédition, louant une remorque aux dimen­sions adé­quates pour pou­voir rame­ner l’engin, effec­tuant les pré­pa­ra­tifs. Un grand merci aux amis qui me secon­dèrent dans ce voyage et me ser­virent tour à tour de guide et d’interprète, m’assistant lors des longues négo­cia­tions et du rapa­trie­ment des plus aven­tu­reux.
Hiver 2005 ; le “bébé” arrive enfin dans les Pyré­nées Orientales.

Des début prometteurs…

Le véhi­cule com­mence à être peu à peu désossé avant peinture

Pour com­men­cer, un bilan appro­fondi per­met d’affirmer que l’embrayage est collé, la pompe à essence, l’ensemble du sys­tème de frei­nage, maître-cylindre com­pris, sont hors d’usage, que l’électricité est à revoir sérieu­se­ment, la colonne de direc­tion à chan­ger. Par bon­heur, le moteur s’avère en bonne état géné­ral, la boite de vitesse égale­ment, mal­gré une grille de sélec­tion un peu fati­guée. Mais force est de consta­ter que le véhi­cule est qua­si­ment com­plet et rela­ti­ve­ment sain, détail pri­mor­dial quand on connaît la dif­fi­culté de trou­ver des pièces de Bed­ford.
Les tra­vaux méca­niques pren­dront de longs mois. Tout sera véri­fié, contrôlé, réparé ou rem­placé dans la mesure du pos­sible : Bat­te­rie, fais­ceau et bou­gies, filtres, car­bu­ra­teur, pompe à essence, maître-cylindre et cylindres de roues, colonne et boî­tier de direc­tion, etc.…
L’approvisionnement en pièces neuves, déni­chées de haute lutte en Angle­terre, retar­dera quelque peu la res­to­ra­tion.
Au final, le véhi­cule fonc­tionne conve­na­ble­ment. Le 6 Cylindres en ligne émet un doux bruit, si carac­té­ris­tique des moteurs anglais.

La par­tie carrosserie-peinture-accessoirisation va pou­voir enfin com­men­cer.
La car­ros­se­rie s’avère propre dans l’ensemble, mise à part quelques zones habi­tuelles (bas de caisse, ailes…). Les portes et le pare-brise sont pro­pre­ment démon­tés. La caisse arrière, en bois, est impec­cable. Toutes les fer­rures sont pré­sentes. A noter que le camion, dans son ensemble, com­prend beau­coup d’éléments en bois.
L’ensemble du véhi­cule est démonté au maxi­mum et poncé. Les par­ties sen­sibles sont sablées et trai­tées.
Paral­lè­le­ment , les sup­ports d’armes auto­ma­tiques sont ins­tal­lés sur le véhi­cule, de même que les sup­ports des plaques de désen­sa­blage.
L’électricité est ensuite ter­mi­née, les « ravis­sants » feux de remorque modernes seront bien sûr rem­pla­cés au remon­tage.
Les pneus mili­tary, secs et durs comme de la pierre, sont rem­pla­cés à grand peine par des pro­fils très proches des pneus sable uti­li­sés jadis.
Pour la pein­ture, la teinte d’origine est repro­duite réel­le­ment à l’identique. C’est la cou­leur sable uti­li­sée par les usine Bed­ford en 1941.(L’ancien pro­prié­taire, décédé aujourd’hui, l’avait rap­porté direc­te­ment de la maison-mère voilà une quin­zaine d’année ).
Chaque pièce est peinte sépa­ré­ment puis remon­tée. Une der­nière couche finale est appli­quée pour par­faire le résul­tat. La sel­le­rie, pré­sente mais déla­brée, est refaite à l’identique par un sel­lier local.
Vient la phase tant atten­due du remon­tage des der­niers organes (optiques de phares, comp­teurs, volant…) et de l’accessoirisation !

Un soin par­ti­cu­lier est apporté au réa­lisme du résultat.

Entre les 2 sièges avants, un com­pas aide à la navi­ga­tion. Pré­levé sur un bom­bar­dier Bris­tol Blei­heim, en ser­vice sur ce théâtre d’opération.

Un aperçu du désordre appa­rent qui règne à l’arrière. Deux pas­sa­gers (les ser­veurs de la mitrailleuse) y trou­vaient place.

Accro­chée à l’arrière du véhi­cule, une gherba, outre en peau de chèvre ‚four­nis­sait de l’eau fraiche à l’équipage.

Chaque acces­soire pré­sent sur le véhi­cule est authen­tique, daté au plus tard de 1941. Chaque sac, besace, gourde, bidon, porte-carte, tout doit cor­res­pondre, foi de col­lec­tion­neur ! Pas de maté­riel hors sujet non plus ! Ainsi, aucun objet alle­mand ne figure dans le Bed­ford (Leclerc n’ayant ren­con­tré l’Africakorp qu’ultérieurement), hor­mis les jer­ry­cans, tous alle­mands, mais qui équi­paient déjà les troupes ita­liennes (notam­ment les chars) , et sont les seuls dis­po­nibles sur le ter­rain au moment des faits ; les jer­ry­cans anglais et amé­ri­cains n’apparaîtront qu’un peu plus tard sur ce théâtre d’opération. Par sou­cis de réa­lisme, les nour­rices embar­quées sont de 1938, 39, 41…et pré­sentent des variances de teintes entre elles. (Prises de guerre).
Les plaques de désen­sa­blage anglaises sont fidè­le­ment repro­duites à l’identique (pliées, trouées, ren­for­cées par lamelles rive­tées, comme à l’origine, modèle à l’appui) . Pour le reste, le véhi­cule four­mille de maté­riel italo-anglo-français ; jumelles, gourdes, besaces, paque­tages, un fût de 200 L et plu­sieurs de 50 L (dont cer­tains sont datés 1930 !), caisses anglaises et ita­liennes…
L’armement est conforme aux nom­breux témoi­gnages pho­to­gra­phiques et manus­crits. Les armes sont prin­ci­pa­le­ment fran­çaises. C’est après la prise de Kou­fra que Leclerc récu­pé­rera bon nombre d’armes ita­liennes, mitrailleuses com­prises, et que le com­man­de­ment anglais recon­naî­tra l’efficacité et le sérieux des troupes FFL, les aidant dès lors en armes, maté­riels et équi­pe­ments à comp­ter de cette brillante vic­toire.
Le Bed­ford pos­sède une mitrailleuse Hot­ch­kiss Mod. 1914 en caisse, dont les ser­veurs (tireur et pour­voyeur) ont tout juste la place d’évoluer dans le four­bis qui règne à l’arrière du camion. A l’avant gauche (le volant est à droite, rap­pe­lons le), sur affût, un F.M. 24.29 est fixé, ses mul­tiples char­geurs au pied. En râte­lier se trouve un Mas 36, splen­dide fusil pour l’époque, et der­rière le chauf­feur un Lee Enfield MKIII.
Le com­pas de navi­ga­tion pro­ve­nant d’un bom­bar­dier anglais Bris­tol Blen­heim et daté 1940 trône entre les 2 sièges. Rien ne manque dans ce véhi­cule peu cou­rant aujourd’hui, voir unique dans cette ver­sion. Mal­gré tout , je n’ai de cesse d’améliorer le résul­tat de ma res­to­ra­tion, comme cette gherba déni­chée lors d’une de mes expé­di­tions Libyennes en 2007 près de Kou­fra jus­te­ment. Mais quelle récom­pense et quelle fierté que le résul­tat et les com­pli­ments notam­ment de vété­rans du Mémo­rial Leclerc de Paris.

Tou­jours des pro­jets…
Il aura fallu 18 mois pour ter­mi­ner l’engin. La chose à été rela­ti­ve­ment rapide, com­pa­ra­ti­ve­ment à d’autres res­tau­ra­tion, grâce à l’aide de quelques copains de MVCG Lan­gue­doc Rous­sillon, je pense prin­ci­pa­le­ment à Claude pour la méca­nique et Fran­cis pour le rapa­trie­ment. La col­lecte d’accessoires d’origine démar­rée bien avant le début des tra­vaux, a faci­lité et activé l’équipement géné­ral du véhi­cule. La belle cou­leur sable de ce petit camion et la pro­fu­sion des équi­pe­ments attirent tou­jours l’attention des badauds et des pho­to­graphes, pour mon plus grand plai­sir , heu­reux de rem­plir mon devoir de mémoire vis à vis des pre­miers hommes de la Colonne Leclerc. Mes pro­jets ? Après la Jeep des SAS et le Bed­ford des FFL, le LRDG m’attire ter­ri­ble­ment… à moins qu’un Bren Car­rier de Bir Hakeim ne croise ma route auparavant !

Les petits pare-brises sont rabat­tables. Une housse les pro­tège et évite toute réver­bé­ra­tion qui tra­hi­rait la situa­tion du véhi­cule auprès de l’ennemi

Le Bed­ford est presque ter­miné. Quelques acces­soires sup­plé­men­tai­res­pren­dront place,au gré de leur découverte.

FICHE TECH­NIQUE Bed­ford MWD

Conduite à droite
Poids à Vide 2145 Kg
Poids en Charge 3506 Kg
Lon­gueur 4,37 m
Lar­geur 1,98 m
Garde au Sol 0,23 m
Empat­te­ment 2,51 m
Trans­mis­sion 4×2
Boite de Vitesse 4 Av. + 1 Ar.
Sus­pen­sion Par axe rigide et lames semi-elliptique
Elec­tri­cité 12 Volts
Frei­nage Hydrau­lique
Pneus 900 x 16
Vitesse maxi­mum 96 km/h
Consom­ma­tion 28 l/100 km
Moteur:
Marque Bed­ford
Cylin­drée 3519 cm3
Nombre 6 , en ligne
Sou­papes en têtes
Refroi­dis­se­ment Par eau
Puis­sance 72 Ch à 3000 t/min
Car­bu­rant Essence
Réser­voir 90 L (2 réser­voirs de 45 L)
Pro­duc­tion 66 000 exemplaires

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